Mise en Sommeil
Comptabilité & obligations

Reprise d'activité SAS : obligations comptables après sommeil

Bilan, dépôt des comptes, commissaire aux comptes, clôture d'exercice : toutes les obligations comptables d'une SAS qui reprend après une mise en sommeil.

Par Marie Gattepaille · · 9 min de lecture
En bref
  • La mise en sommeil n'efface aucune obligation comptable : la SAS doit continuer à déposer ses comptes annuels chaque exercice, même sans activité.
  • À la reprise, un exercice de transition peut être nécessaire pour isoler la période de sommeil et la période d'activité effective.
  • Si la SAS franchit les seuils légaux de nomination, le commissaire aux comptes redevient obligatoire dès la reprise.
  • La reprise d'activité déclenche immédiatement la remise en marche des obligations déclaratives : TVA, IS, liasse fiscale.
Sommaire

Mettre une SAS en sommeil n’arrête pas l’horloge comptable : les comptes annuels continuent de courir, exercice après exercice, même sans la moindre facture émise. C’est le point que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard, au moment de relancer leur société — après avoir réglé ce qui les avait éloignés de l’activité, ils se retrouvent face à des exercices non déposés qu’il faut régulariser avant toute reprise. Voici ce qu’il faut vérifier, dans l’ordre, pour redémarrer sans mauvaise surprise.


Ce que la mise en sommeil ne suspend pas : les obligations comptables permanentes

La confusion est fréquente : la mise en sommeil d’une SAS suspend l’activité commerciale ou économique, pas les obligations légales de la société. Une SAS inscrite au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) reste une personne morale à part entière, avec toutes les contraintes qui en découlent.

Le dépôt des comptes annuels reste obligatoire. Conformément aux articles L232-21 et suivants du Code de commerce, toute société par actions simplifiée doit établir et déposer ses comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe) au greffe du tribunal de commerce dans les six mois suivant la clôture de chaque exercice. Cette obligation s’applique même si le chiffre d’affaires est nul pendant l’intégralité de l’exercice.

En pratique, cela signifie qu’une SAS mise en sommeil en cours d’année devra tout de même produire des comptes annuels pour l’exercice concerné, puis pour les exercices suivants si la mise en sommeil se prolonge. Ces comptes refléteront une activité nulle, mais ils doivent être établis, approuvés et déposés dans les formes.

Le piège que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard. La mise en sommeil donne une impression de mise en pause totale — y compris comptable. Ce n’est pas le cas. Si des comptes n’ont pas été déposés pendant la période de sommeil, le greffe peut adresser une injonction de dépôt assortie d’une astreinte, et cette régularisation devient un préalable obligatoire à toute reprise. Mieux vaut vérifier chaque exercice dès la décision de mise en sommeil plutôt qu’au moment de redémarrer.

L’approbation des comptes doit également être maintenue, même avec des comptes à zéro. La décision de mise en sommeil elle-même relève du dirigeant (président de la SAS) : aucune assemblée générale n’est obligatoire à ce stade, sauf si les statuts l’imposent expressément. L’approbation annuelle des comptes, en revanche, suit les règles statutaires habituelles de la SAS (assemblée ou consultation écrite des associés selon ce que prévoient les statuts), dans le délai légal de six mois après la clôture.


La clôture de l’exercice de reprise : un moment comptable sensible

L’exercice comptable au cours duquel intervient la reprise d’activité est particulier. Il regroupe deux périodes de nature différente : une période de sommeil (activité nulle) et une période d’activité effective. Cette hétérogénéité doit être traitée avec soin dans la présentation des comptes.

Décision de reprise et date de bascule comptable

Comme pour la mise en sommeil, la reprise d’activité est une décision du dirigeant — le président de la SAS peut la prendre seul, sans assemblée générale ni procès-verbal obligatoire, sauf disposition contraire des statuts. Cette décision se traduit par une nouvelle inscription modificative au RCS via le guichet unique des formalités des entreprises.

La date de reprise déclarée sert de point de bascule comptable et fiscal. Toutes les opérations réalisées à compter de cette date appartiennent à l’activité reprise. Les charges antérieures à cette date — même si elles sont payées après — doivent être rattachées à la période de sommeil.

Si la mise en sommeil a duré moins d’un an et que la reprise intervient en cours d’exercice, la SAS n’établit qu’un seul jeu de comptes pour l’exercice entier, en indiquant clairement dans l’annexe les circonstances de la reprise.

Si la mise en sommeil a duré plus d’un exercice comptable complet, il faut s’assurer que chaque exercice intermédiaire a bien été clôturé, approuvé et déposé avant de s’occuper de l’exercice de reprise.

Durée maximale de mise en sommeil. Une société ne peut rester en sommeil plus de deux ans. Au-delà, le greffier peut procéder à une radiation d’office, conformément à l’article R123-125 du Code de commerce. Si vous approchez de cette limite, la reprise d’activité ou la dissolution-liquidation devient urgente.

Pour tout ce qui concerne les démarches administratives liées à la reprise, notre page dédiée à la reprise d’activité d’une SAS détaille les formalités au guichet unique et les délais à respecter.

Contenu de l’annexe comptable

L’annexe des comptes de l’exercice de reprise doit mentionner :

  • La période exacte de mise en sommeil (date de début et date de fin déclarées au RCS)
  • La nature de l’activité reprise et, si elle diffère de l’activité initiale, les éventuelles modifications statutaires
  • Tout changement de méthode comptable intervenu pendant la période de sommeil
  • L’état des dettes et créances accumulées pendant le sommeil (frais fixes, honoraires d’expert-comptable, charges de structure)

Exemple illustratif. Prenons le cas de Nathalie, gérante d’une SARL qu’elle avait mise en sommeil 18 mois pour régler une situation personnelle. Si elle avait exercé en SAS, sa reprise d’activité aurait suivi exactement la même logique comptable : un exercice de transition avec une annexe détaillant la période d’inactivité, et la nécessité de vérifier qu’aucun exercice de sommeil n’était resté sans dépôt avant de redémarrer. Le principe vaut pour toutes les formes de société soumises au dépôt des comptes.


Commissaire aux comptes dans une SAS après une reprise d’activité

La SAS est la seule forme sociale qui dispose d’une liberté statutaire totale pour la désignation d’un commissaire aux comptes (CAC) en dessous des seuils légaux. Au-dessus de ces seuils, la nomination est obligatoire.

Les seuils légaux de nomination obligatoire (total de bilan, chiffre d’affaires hors taxes, nombre moyen de salariés) évoluent régulièrement : vérifiez les montants en vigueur auprès du greffe du tribunal de commerce ou de votre expert-comptable avant toute décision.

Impacts de la reprise sur le commissariat aux comptes

Pendant la mise en sommeil, si la SAS était en dessous des seuils, elle peut avoir laissé expirer le mandat de son CAC sans en nommer un nouveau. À la reprise :

  1. Si les seuils ne sont pas franchis, la SAS peut rester sans CAC obligatoire et se contenter d’un expert-comptable pour l’établissement des comptes.
  2. Si les seuils sont franchis dès le premier exercice de reprise (ce qui peut arriver rapidement si l’activité reprend fortement), la nomination d’un CAC doit intervenir dans les meilleurs délais.
  3. Si un CAC était en poste avant le sommeil, son mandat a continué à courir pendant la période de cessation. Il peut être nécessaire de le renouveler ou de procéder à une nouvelle désignation selon l’état du mandat.

Conseil pratique. Consultez votre expert-comptable dès la préparation de la reprise pour évaluer si les projections d’activité de la première année placent la SAS au-dessus ou en dessous des seuils. Anticiper la nomination évite une situation de vacance illégale.


Remise en marche des obligations fiscales et déclaratives

La reprise d’activité déclenche simultanément plusieurs obligations fiscales. Il ne s’agit pas d’une montée en puissance progressive : dès la première opération, la SAS est soumise à l’intégralité de ses obligations.

Impôt sur les sociétés (IS)

La SAS est soumise à l’IS de plein droit. Pendant la mise en sommeil, elle dépose généralement une liasse fiscale avec résultat nul ou déficitaire (frais fixes). Pour un exercice clos au 31 décembre, la déclaration de résultat doit être déposée au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai. À la reprise, la liasse fiscale de l’exercice de reprise doit intégrer toute la période, y compris les mois de sommeil. Les déficits éventuellement constatés pendant la mise en sommeil sont reportables dans les conditions de droit commun : le report en avant s’exerce sans limite de durée, dans la limite d’un plafond d’un million d’euros majoré de 50 % du bénéfice excédant ce seuil, tandis que le report en arrière ne peut s’imputer que sur l’exercice précédent, dans la limite du même plafond d’un million d’euros.

TVA

Si la SAS était assujettie à la TVA avant la mise en sommeil, elle a pu suspendre ses déclarations pendant l’inactivité (en accord avec le service des impôts des entreprises). À la reprise, les déclarations reprennent dès la première opération taxable :

  • Régime réel normal : déclaration mensuelle ou trimestrielle dès le premier mois d’activité
  • Régime simplifié : acomptes semestriels avec régularisation annuelle

Il est conseillé de contacter le service des impôts des entreprises (SIE) en amont de la reprise pour confirmer le régime applicable et éviter tout retard déclaratif.

Cotisation foncière des entreprises (CFE)

Pendant la mise en sommeil, la SAS a pu bénéficier d’un dégrèvement de CFE en l’absence d’activité, conformément à l’article 1478 du Code général des impôts. Toute réclamation à ce titre doit être déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (article R196-1 du Livre des procédures fiscales). À la reprise, la base d’imposition est reconstituée sur la valeur locative des biens utilisés ; une éventuelle réduction de base au titre de la première année d’activité reprise dépend de la situation de la société, et mérite d’être vérifiée directement auprès du service des impôts des entreprises.

Pour des questions similaires sur d’autres statuts, notre article sur la CFE de l’auto-entrepreneur en sommeil apporte un éclairage utile sur les mécanismes de dégrèvement.


Checklist comptable avant et après la reprise d’activité

Voici un récapitulatif des actions à mener pour une reprise comptable et fiscale sans accroc :

ÉtapeTimingPriorité
Vérifier que tous les comptes des exercices de sommeil ont été déposésAvant la repriseUrgente
Régulariser les comptes manquants avec l’expert-comptableAvant la repriseUrgente
Décider la reprise (décision du président, sauf statuts imposant une AG)Avant la déclarationObligatoire
Déclarer la reprise au guichet unique INPI (inscription modificative au RCS)Dans le mois suivant la décisionObligatoire
Informer le SIE de la reprise et confirmer le régime TVAÀ la date de repriseObligatoire
Évaluer le franchissement des seuils CAC pour l’exercice en coursDans le premier moisImportant
Établir les comptes de l’exercice de reprise avec annexe détailléeDans les 6 mois après clôtureObligatoire
Approuver les comptes selon les modalités statutairesDans les 6 mois après clôtureObligatoire
Déposer la liasse fiscale ISSelon calendrier fiscalObligatoire

Pour une vue d’ensemble des démarches post-sommeil au-delà du seul volet comptable, consultez notre guide complet sur ce qu’il faut faire après une mise en sommeil.


Le rôle de l’expert-comptable dans la reprise d’une SAS

La reprise d’activité après une mise en sommeil n’est pas une situation comptable ordinaire. L’expert-comptable joue un rôle central à plusieurs titres :

Reconstitution de la situation comptable. Si des exercices sont en retard, l’expert-comptable reconstitue les comptes à partir des relevés bancaires, des factures disponibles et des documents existants. C’est un travail de fond qui peut prendre plusieurs semaines.

Établissement d’un bilan d’ouverture fiable. Le bilan de reprise doit refléter fidèlement la situation réelle de la société : dettes éventuelles (cotisations sociales, loyers, honoraires), actifs restants, capitaux propres. Un bilan d’ouverture erroné fausse l’intégralité de l’exercice de reprise.

Accompagnement sur la fiscalité de transition. La reprise peut générer des questions spécifiques : traitement des charges payées pendant le sommeil, déductibilité des pertes, récupération d’une éventuelle TVA sur des achats effectués avant la reprise. L’expert-comptable sécurise ces traitements.

Coordination avec le commissaire aux comptes. Si la SAS doit nommer ou renouveler un CAC, l’expert-comptable assure la coordination et prépare les éléments nécessaires à la mission de certification.

Si la reprise s’accompagne d’un volet social — notamment pour le président qui reprend sa rémunération — les implications en matière de cotisations sociales méritent également une attention particulière. Notre article sur les cotisations sociales lors d’une reprise après sommeil détaille ces aspects.

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La reprise d’activité d’une SAS après une mise en sommeil cumule des obligations administratives, comptables et fiscales — aucune ne disparaît pendant la pause, et aucune ne se négocie au moment du redémarrage. Vérifier l’état des dépôts comptables avant même de déclarer la reprise, c’est s’éviter une injonction de dépôt qui retarderait tout le reste. Une préparation rigoureuse, engagée deux à trois mois avant la date de reprise effective, reste la meilleure garantie d’un redémarrage serein.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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