Mise en Sommeil
Juridique

SARL en sommeil et retraite du gérant : ce qui change

Que devient la retraite du gérant quand la SARL est en sommeil ? Cotisations, points, droits : tout ce qu'il faut savoir avant de mettre en pause.

Par Marie Gattepaille · · 6 min de lecture
En bref
  • Un gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS) : sans rémunération pendant la mise en sommeil, il ne cotise plus à la retraite et n'acquiert donc plus de trimestres ni de points.
  • Des cotisations minimales TNS peuvent rester dues même sans rémunération : au réel, elles totalisent environ 1 255 à 1 298 € par an (hors régime micro-social).
  • La mise en sommeil ne dispense pas du dépôt des comptes annuels ni des déclarations fiscales, même à néant ; ces obligations restent surveillées indépendamment de la question retraite.
  • Les trimestres et points déjà validés avant la mise en sommeil sont définitivement acquis ; seule l'acquisition future s'interrompt pendant la pause.
Sommaire

Ce que devient la retraite du gérant pendant la mise en sommeil

Mettre une SARL en sommeil suspend l’activité, mais ne suspend pas automatiquement la question de la retraite du gérant : sans rémunération versée pendant la pause, il n’y a plus de cotisations retraite, donc plus de nouveaux trimestres ni de nouveaux points. C’est la règle de base, et elle dépend ensuite du statut exact du gérant.

Nathalie dirige la SARL “Lumière & Décors” (exemple illustratif). Avant de mettre sa société en sommeil pendant 18 mois pour régler une situation personnelle, elle s’est précisément posé cette question : que devient sa retraite si elle ne se verse plus rien pendant un an et demi ? La réponse, dans son cas comme dans la plupart des situations, tient en une phrase : ses droits passés restent acquis, mais aucun nouveau droit ne se construit pendant la pause si elle ne se rémunère pas.

  • Gérant majoritaire : il relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), affilié à l’URSSAF. Sa protection sociale retraite est directement liée à sa rémunération.
  • Gérant minoritaire ou égalitaire : il est assimilé-salarié, affilié au régime général. Même logique de fond : pas de rémunération, pas de cotisation, donc pas de droit nouveau.

La mise en sommeil n’est pas une dissolution. La SARL reste juridiquement vivante, immatriculée, avec son numéro SIREN. Les obligations déclaratives — dépôt des comptes annuels (articles L232-21 et suivants du Code de commerce) et déclarations fiscales, même à néant — restent entièrement applicables pendant toute la durée de la pause.


Gérant majoritaire TNS : ce qui change concrètement sur la retraite

Le gérant majoritaire de SARL est TNS. Son assiette de cotisations retraite repose normalement sur sa rémunération (et, le cas échéant, sur la quote-part de dividendes dépassant 10 % du capital social et des sommes en compte courant).

Pendant la mise en sommeil, si aucune rémunération n’est versée — la situation la plus fréquente lors d’une cessation temporaire d’activité — l’acquisition de nouveaux trimestres et points s’arrête. C’est le mécanisme à retenir avant toute autre chose.

Le piège que beaucoup de gérants découvrent trop tard : même à l’arrêt complet de l’activité et de la rémunération, des cotisations minimales TNS peuvent rester dues au régime obligatoire. Au réel (hors régime micro-social, qui ne s’applique pas à une SARL), ces cotisations minimales représentent environ 1 255 à 1 298 € par an : assurance vieillesse de base (≈ 967 €), indemnités journalières (≈ 96 €), invalidité-décès (≈ 72 €) et formation professionnelle (120 à 163 €). Mettre la société en sommeil n’éteint donc pas forcément cette charge personnelle pour le gérant — un point que Nathalie a vérifié avec son expert-comptable avant de signer sa déclaration de cessation temporaire.

Les conditions précises dans lesquelles ces cotisations minimales restent appelées, ou non, pendant une mise en sommeil sans rémunération ni revenu dépendent de la caisse et de la situation individuelle du gérant : un point à vérifier directement auprès de l’URSSAF avant toute déclaration de cessation temporaire.

Avant de mettre votre SARL en sommeil, il peut être utile de vérifier avec votre expert-comptable si une dernière rémunération, même modeste, permettrait de valider le trimestre en cours. Une vérification de quelques semaines en amont peut faire la différence sur votre relevé de carrière.


Gérant minoritaire ou égalitaire : un régime différent, même principe

Le gérant assimilé-salarié ne cotise pas au régime TNS. Il cotise au régime général comme un salarié — mais uniquement s’il perçoit une rémunération via une fiche de paie.

Pendant la mise en sommeil, si aucune fiche de paie n’est établie :

  • aucune cotisation retraite n’est versée (ni salariale, ni patronale) ;
  • aucun point retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO) n’est acquis ;
  • aucun trimestre n’est validé au titre de l’assurance vieillesse de base.

La cessation temporaire d’activité de la société n’ouvre pas automatiquement droit à des indemnités chômage (ARE) pour le gérant assimilé-salarié, sauf situation spécifique. Pour approfondir ce point, consultez notre article sur l’ARE et la mise en sommeil : durée et droits en 2026.


Les droits déjà acquis : préservés, sans condition

Oui, les trimestres et points validés avant la mise en sommeil restent acquis. La cessation temporaire d’activité ne rétroagit jamais sur l’historique de cotisations — elle interrompt seulement l’acquisition future, tant qu’aucune rémunération n’est versée.

C’est précisément ce qui s’est passé pour Nathalie (exemple illustratif) : ses 18 mois de mise en sommeil n’ont rien effacé de sa carrière antérieure, mais ils n’ont généré aucun trimestre ni point nouveau pendant la période — une donnée qu’elle a intégrée dans son calcul personnel avant de réactiver “Lumière & Décors”.

Pour préparer la mise en sommeil dans sa globalité et éviter les oublis, le guide Après mise en sommeil : que faire ? recense l’ensemble des démarches post-déclaration.


Comment se déroule la mise en sommeil d’une SARL

La mise en sommeil d’une SARL est une décision du dirigeant (le gérant). Aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est obligatoire pour cette décision, sauf si les statuts de la société l’imposent expressément — il convient donc de vérifier vos statuts avant toute déclaration.

La déclaration de cessation temporaire totale d’activité s’effectue au guichet unique des formalités des entreprises (INPI), dans le délai d’1 mois suivant la décision. Elle génère une inscription modificative au RCS (article R123-46 du Code de commerce) et une publication au BODACC ; la mention apparaît sur le Kbis.

La durée maximale légale est de 2 ans. Au-delà, la radiation d’office est possible (article R123-125 du Code de commerce). Anticiper la reprise — ou la dissolution — avant ce délai est donc indispensable.

Pour accomplir ces formalités, notre service de mise en sommeil d’une SARL prend en charge l’intégralité du dossier pour 150 € HT, frais de greffe en sus (166,71 € TTC pour une inscription modificative avec avis BODACC sans dépôt d’acte, ou 173,97 € TTC avec dépôt d’acte).

Pensez également à la CFE (Cotisation Foncière des Entreprises). En l’absence d’activité, un dégrèvement est possible en vertu de l’article 1478 du CGI, mais il n’est pas automatique : une réclamation doit être déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (article R196-1 du LPF).


Les leviers pour limiter l’impact sur la retraite

Mettre une SARL en sommeil sans anticiper les conséquences sur les droits à la retraite du gérant peut coûter cher à long terme. Voici les pistes à examiner avec votre expert-comptable :

1. Maintenir une rémunération minimale avant la pause Même modeste, une rémunération génère des cotisations et peut valider un trimestre. À mettre en balance avec la charge sociale correspondante.

2. Racheter des trimestres a posteriori Le rachat de trimestres auprès de la caisse de retraite compétente permet de compenser une période sans cotisation. Les conditions, plafonds et le coût exact dépendent du profil du demandeur : votre caisse de retraite (ou un conseiller retraite) peut établir un devis personnalisé. Son coût augmente généralement avec l’âge de la demande : mieux vaut s’informer tôt.

3. Vérifier les options de cotisation volontaire Selon sa situation, un gérant sans activité peut parfois adhérer à une assurance vieillesse volontaire. Les conditions d’accès et le régime applicable ayant évolué depuis la suppression du RSI, ce point mérite d’être vérifié directement auprès de votre caisse de retraite ou de l’URSSAF.

4. Anticiper la reprise ou la dissolution avant l’échéance des 2 ans Si la pause se prolonge, il peut être préférable de reprendre l’activité — nouvelle inscription modificative au guichet unique, mêmes frais de greffe, et reprise des cotisations dès l’activité relancée — ou de dissoudre la société pour tourner la page. Notre article sur l’ARE et les cotisations sociales lors de la reprise après sommeil détaille les implications d’un redémarrage.


Ce qu’il faut retenir avant de décider

La mise en sommeil d’une SARL reste une solution efficace pour suspendre l’activité sans dissoudre la société : c’est une pause réversible, pas un point final. Mais elle n’est pas neutre pour le gérant sur le plan retraite : sans rémunération, pas de nouveaux trimestres ni de nouveaux points pendant la durée de la pause.

Les droits passés sont préservés intégralement. Les droits futurs, eux, ne s’accumulent pas automatiquement. Une vérification préalable avec votre expert-comptable — et, si besoin, avec votre caisse de retraite — reste la meilleure façon d’aborder la mise en sommeil en connaissance de cause, comme l’a fait Nathalie avant de suspendre “Lumière & Décors”.

Une question sur votre situation ? Contactez notre équipe via /contact pour un accompagnement personnalisé dans vos démarches de mise en sommeil.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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