Mise en Sommeil
Juridique

Mise en sommeil vs dissolution : le bon choix

Mise en sommeil ou dissolution de votre société ? Comparez coûts, délais, obligations et effets juridiques pour choisir la bonne option en 2026.

Par Marie Gattepaille · · 9 min de lecture
En bref
  • La mise en sommeil est une suspension temporaire d'activité (2 ans max) qui laisse la société intacte ; la dissolution est une fermeture définitive et irréversible.
  • La mise en sommeil est plus rapide et moins coûteuse, mais elle maintient certaines obligations (dépôt des comptes, CFE potentielle).
  • La dissolution implique une liquidation puis une radiation : la procédure est longue, coûteuse et ne peut pas être annulée une fois engagée.
Sommaire

La mise en sommeil suspend temporairement l’activité d’une société sans la fermer ; la dissolution y met fin définitivement. Les deux voies n’ont ni le même coût, ni les mêmes effets juridiques, ni le même niveau d’irréversibilité. Le critère qui doit trancher : avez-vous l’intention de reprendre, un jour, cette activité ?

Exemple illustratif : Nathalie, gérante d’une SARL de décoration d’intérieur, “Lumière & Décors”, a dû interrompre son activité 18 mois pour s’occuper d’un parent malade. Elle hésitait entre fermer la société et la mettre en sommeil. Le critère qui a tranché pour elle n’était pas le coût, mais une question simple : pouvait-elle envisager reprendre un jour ? La réponse étant oui, la mise en sommeil s’est imposée.


Ce que signifient réellement ces deux notions

La mise en sommeil : une parenthèse, pas une fin

La mise en sommeil — désignée juridiquement « cessation temporaire totale d’activité » — est la déclaration par laquelle le dirigeant d’une société informe le registre du commerce et des sociétés (RCS) que l’entreprise cesse momentanément toute exploitation. Elle ne supprime pas la société : celle-ci conserve sa personnalité morale, son numéro SIREN, son extrait Kbis et, le cas échéant, ses actifs.

C’est une décision du dirigeant (gérant ou président) : aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est requis par la loi, sauf si les statuts de votre société l’imposent expressément — quelle que soit la forme juridique, y compris en SARL. Vérifiez vos statuts avant de vous lancer : c’est le piège le plus fréquent. Des dirigeants convoquent une AG par excès de prudence, perdent plusieurs semaines à organiser un vote, alors que rien ne l’exigeait. À l’inverse, ignorer une clause statutaire qui impose l’AG expose la décision à une contestation ultérieure par un associé. Le bon réflexe : relire les statuts avant toute démarche, pas après.

La société ne doit pas être en cessation des paiements : la mise en sommeil n’est pas un outil de traitement des difficultés financières graves. Si c’est le cas, une procédure collective s’impose indépendamment de votre volonté.

La déclaration s’effectue auprès du guichet unique des formalités des entreprises, opéré par l’INPI, dans le délai d’1 mois suivant la décision (articles R123-45 et R123-46 du Code de commerce). Elle donne lieu à une inscription modificative au RCS, puis à une publication au BODACC, et la mention est portée sur le Kbis.

⚠️ Durée maximale : 2 ans. Au-delà, le greffier peut radier la société d’office (article R123-125 du Code de commerce). Passé ce délai sans reprise ni dissolution volontaire, vous perdez la main sur le sort de votre société.

La dissolution-liquidation : une procédure en trois actes

Dissoudre une société, c’est décider de mettre fin à son existence. Contrairement à la mise en sommeil, ce n’est jamais un acte unique ni une simple décision du dirigeant : c’est le premier temps d’un processus en trois étapes, qui suit les règles propres à chaque forme sociale (assemblée des associés, formalités de publicité, désignation d’un liquidateur).

Acte 1 — La dissolution. Les associés (ou l’associé unique pour une EURL/SASU) votent la dissolution anticipée selon les règles de majorité prévues par les statuts ou la loi. Un liquidateur est nommé. La décision est publiée dans un journal d’annonces légales (JAL) habilité, puis déposée au greffe compétent.

Acte 2 — La liquidation. Le liquidateur réalise l’actif (vend les biens), apure le passif (règle les dettes) et établit les comptes de liquidation. Cette phase peut durer de quelques semaines à plusieurs années selon la complexité de la situation.

Acte 3 — La radiation. Une fois la liquidation achevée et les comptes approuvés, une nouvelle publication dans un JAL est effectuée, puis le dossier est déposé au greffe pour obtenir la radiation du RCS. La société cesse définitivement d’exister.


Tableau comparatif : mise en sommeil vs dissolution-liquidation

CritèreMise en sommeilDissolution-liquidation
NatureSuspension temporaireFermeture définitive
Décision requiseDirigeant seul (sauf clause statutaire contraire)Vote des associés selon les règles statutaires/légales
RéversibilitéTotale (reprise par déclaration modificative)Aucune (irréversible après radiation)
Délai de déclaration1 mois après la décisionSelon le calendrier de chaque étape
Nombre d’étapes1 (déclaration au guichet unique)3 (dissolution → liquidation → radiation)
Publications obligatoires1 (BODACC)2 à 3 (JAL + BODACC)
Frais de greffe (société)166,71 € TTC (sans dépôt d’acte) ou 173,97 € TTC (avec dépôt d’acte)Frais de greffe à chaque étape (dissolution + radiation)
Obligations comptables maintenuesOui (dépôt des comptes annuels)Oui, jusqu’à la radiation
CFEDégrèvement possible (art. 1478 CGI)Due jusqu’à la radiation effective
SIREN conservéOuiNon
Reprise d’activité possibleOui, dans les 2 ansNon
Idéal pourPause, incertitude, projet en attenteArrêt définitif certain et souhaité

Les obligations qui subsistent dans chaque cas

Pendant la mise en sommeil

Contrairement à une idée reçue, mettre sa société en sommeil ne signifie pas l’absence totale d’obligations. Plusieurs impératifs légaux se maintiennent intégralement.

Le dépôt des comptes annuels reste obligatoire, conformément aux articles L232-21 et suivants du Code de commerce. Même si le chiffre d’affaires est nul, les comptes doivent être établis, approuvés et déposés au greffe dans les délais légaux. L’absence de dépôt expose à une injonction, voire à des sanctions.

La cotisation foncière des entreprises (CFE) peut faire l’objet d’un dégrèvement en cas d’absence d’activité, sur demande expresse auprès du service des impôts des entreprises, conformément à l’article 1478 du Code général des impôts. Ce dégrèvement n’est pas automatique : la réclamation doit être déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (article R196-1 du Livre des procédures fiscales). C’est un autre piège fréquent : des dirigeants attendent que le greffe ou l’administration les relance, alors que la démarche est à leur seule initiative.

Les cotisations sociales du dirigeant dépendent de son statut. Pour un gérant majoritaire relevant du régime des travailleurs non-salariés (TNS) au réel, des cotisations minimales restent dues même sans rémunération ni activité — de l’ordre de 1 255 à 1 298 € par an (vieillesse, indemnités journalières, invalidité-décès et formation professionnelle cumulées). Retrouvez le détail dans notre article sur les cotisations minimales de l’auto-entrepreneur en sommeil.

📌 Bon à savoir. La mise en sommeil ne suspend pas les contrats en cours (bail commercial, contrats de travail…). Si votre société est locataire de locaux professionnels, le loyer continue à courir. Nathalie, dans notre exemple, avait anticipé ce point : elle avait négocié avec son bailleur une suspension partielle du loyer pendant la durée de la mise en sommeil — une démarche qui n’a rien d’automatique et qui se négocie au cas par cas.

Pendant la dissolution-liquidation

Les obligations ne disparaissent pas dès le vote de dissolution. Le liquidateur doit établir des comptes intermédiaires, déposer les documents requis, et la société reste assujettie à l’impôt sur les sociétés jusqu’à la clôture de la liquidation. Les délais de paiement de la TVA et des cotisations sociales ne sont pas suspendus.

Ce n’est qu’à compter de la radiation effective du RCS que la société cesse d’exister juridiquement et que ses obligations s’éteignent — sous réserve d’éventuels redressements fiscaux ou rappels de charges postérieurs.


Quand choisir la mise en sommeil plutôt que la dissolution ?

La mise en sommeil s’impose dans plusieurs situations concrètes :

Vous êtes dans l’incertitude. Un marché difficile, un associé qui part, une opportunité à attendre, une situation personnelle à régler — comme Nathalie : si vous n’êtes pas certain(e) de vouloir arrêter définitivement, la mise en sommeil vous laisse le temps de décider sans détruire ce que vous avez construit.

Vous souhaitez conserver la structure. Une société a une valeur : ancienneté au RCS, historique bancaire, relations fournisseurs, autorisations administratives. La dissolution efface tout cela. La mise en sommeil le préserve intégralement.

Vous avez besoin de temps pour trouver un repreneur. Une société en sommeil peut être cédée. Une société en cours de liquidation, beaucoup plus difficilement.

Vous anticipez une reprise à court ou moyen terme. Si vous pensez reprendre l’activité dans les 24 mois, la mise en sommeil est la solution naturelle. Consultez notre guide complet sur ce qu’il faut faire après la mise en sommeil pour anticiper les étapes suivantes.

💡 Notre service en ligne. Pour effectuer votre mise en sommeil rapidement et sans erreur, miseensommeil.fr prend en charge l’intégralité des formalités : constitution du dossier, dépôt au guichet unique INPI et suivi jusqu’à la mise à jour du Kbis. Honoraires : 150 € HT + frais de greffe.


Quand la dissolution s’impose malgré tout

Il existe des situations dans lesquelles la mise en sommeil n’est ni suffisante, ni appropriée.

L’arrêt est définitif et certain. Si vous avez pris la décision ferme de ne plus exercer cette activité, conserver une société en vie — même en sommeil — génère des coûts et des obligations sans contrepartie. La dissolution est alors la voie cohérente.

La société a des dettes significatives. La mise en sommeil ne règle pas les dettes. Si la société est insolvable, une procédure collective (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation judiciaire) peut s’imposer indépendamment de votre volonté.

Le délai de 2 ans approche sans perspective de reprise. Si vous arrivez à la fin de la période légale de cessation temporaire sans projet de reprise, mieux vaut engager vous-même la dissolution plutôt que de subir une radiation d’office.

Les associés sont en désaccord profond. Un associé peut demander en justice la dissolution de la société pour mésentente grave paralysant son fonctionnement ; les conditions et la procédure applicables dépendent de la situation et méritent l’avis d’un avocat ou d’un conseiller juridique. La mise en sommeil n’est pas une réponse à un conflit entre associés.


Le cas particulier des auto-entrepreneurs et entrepreneurs individuels

L’auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) n’est pas inscrit au RCS de la même manière qu’une société : sa cessation temporaire d’activité obéit à des règles propres. Elle est limitée à 1 an, prolongeable d’1 an pour une activité commerciale (2 ans maximum), et se déclare au guichet unique dans le mois — sans procès-verbal, puisqu’il n’y a pas d’organe collégial. Le micro-entrepreneur doit continuer à déclarer son chiffre d’affaires (mention « néant ») à l’URSSAF pendant toute la suspension : c’est une obligation, et son oubli répété peut entraîner une radiation d’office en cas de chiffre d’affaires nul pendant 2 années civiles consécutives (ou 8 trimestres consécutifs).

Si vous êtes dans cette situation, trois articles vous intéresseront directement :

Pour les entrepreneurs individuels au régime réel (hors micro), une cessation temporaire d’activité se déclare également via le guichet unique INPI, sous une logique identique : décision du dirigeant, pas de PV.


Ce que coûtent réellement les deux procédures

Mise en sommeil

  • Frais de greffe pour l’inscription modificative au RCS : 166,71 € TTC sans dépôt d’acte, ou 173,97 € TTC avec dépôt d’acte (société) ; 83,64 € TTC pour une entreprise individuelle ou un auto-entrepreneur.
  • Honoraires de formaliste si vous déléguez la procédure : 150 € HT chez miseensommeil.fr, y compris pour une entreprise individuelle.
  • Coûts résiduels : dépôt des comptes annuels, honoraires d’expert-comptable, éventuelles cotisations minimales.

Dissolution-liquidation

  • Frais de publication dans un journal d’annonces légales × 2 (dissolution + clôture de liquidation) — le tarif varie selon le département et l’annonce ; consultez le barème en vigueur auprès d’un JAL habilité.
  • Frais de greffe à chaque étape : la dissolution et la radiation sont deux formalités distinctes, facturées chacune 173,97 € TTC avec dépôt d’acte, soit environ 347,94 € de frais de greffe cumulés hors JAL et honoraires.
  • Honoraires du liquidateur, s’il s’agit d’un professionnel extérieur : ce montant dépend de la complexité du dossier — demandez un devis personnalisé avant de vous engager.
  • Honoraires d’expert-comptable pour les comptes de liquidation.
  • Éventuels droits fiscaux liés à la liquidation (boni de liquidation soumis à imposition).

La différence de coût total entre les deux procédures est presque toujours significative, ne serait-ce qu’en raison du nombre d’étapes et de publications obligatoires.

⚠️ Boni de liquidation. Si, après paiement de toutes les dettes, il reste des actifs à distribuer aux associés, ce boni de liquidation est soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, ou sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Ce point fiscal doit être anticipé avec votre expert-comptable.


Conclusion : une décision à ne pas prendre à la légère

La mise en sommeil et la dissolution ne sont pas deux façons différentes de faire la même chose. Ce sont deux choix de nature fondamentalement distincte : l’une préserve l’avenir, l’autre y renonce définitivement.

Si le moindre doute subsiste sur une reprise future — même lointaine, même incertaine, comme c’était le cas pour Nathalie — la mise en sommeil est presque toujours la solution la plus prudente et la plus économique. Elle vous donne jusqu’à 2 ans pour décider, sans fermer de porte. Nathalie a réactivé sa SARL au bout de 18 mois, en déposant une simple inscription modificative — sans qu’aucune assemblée n’ait jamais été nécessaire, ses statuts ne l’imposant pas.

Si la décision d’arrêt est définitive, assumez-la avec une dissolution propre et maîtrisée plutôt que de laisser une société en sommeil accumuler des obligations sans perspective.

Dans tous les cas, faites-vous accompagner. Pour toute question sur votre situation spécifique, notre équipe est disponible via notre page de contact. Et si vous avez déjà décidé, vous pouvez lancer directement votre mise en sommeil en ligne sur miseensommeil.fr.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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