Mise en Sommeil
Mise en sommeil

Mise en sommeil SCI avec emprunt bancaire : guide

Votre SCI a un crédit immobilier en cours et vous souhaitez la mettre en sommeil ? Découvrez les obligations légales, les risques bancaires et la marche à suivre.

Par Marie Gattepaille · · 10 min de lecture
En bref
  • Mettre une SCI en sommeil avec un emprunt en cours est juridiquement possible, mais nécessite impérativement d'informer la banque prêteuse.
  • La cessation temporaire d'activité est limitée à 2 ans maximum ; au-delà, la radiation d'office est possible (art. R123-125 du Code de commerce).
  • Le remboursement du crédit immobilier doit se poursuivre sans interruption pendant la période de sommeil.
  • Les obligations comptables et fiscales de la SCI (dépôt des comptes, IS ou IR selon le régime) demeurent pendant toute la durée du sommeil.
Sommaire

Oui, vous pouvez mettre votre SCI en sommeil même si un crédit immobilier court encore : la loi ne l’interdit pas. Mais la mise en sommeil n’éteint rien du contrat de prêt — les mensualités continuent d’être dues, votre banque doit être prévenue, et la SCI conserve toutes ses obligations comptables et fiscales pendant toute la pause. La durée maximale de cette cessation temporaire est de 2 ans, au-delà de quoi le greffe peut radier la société d’office.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL “Lumière & Décors”, a déjà connu une mise en sommeil pour son activité commerciale. Mais c’est une situation voisine — celle d’un associé de SCI familiale qu’elle a accompagné dans son entourage — qui illustre bien le cas présent : une SCI portant un studio acheté à crédit, mis en location, dont le locataire est parti et que les associés n’ont pas eu le temps de relouer avant un déménagement professionnel. Le crédit court encore sur huit ans. La question n’était pas de savoir si la mise en sommeil était possible, mais comment la mener sans réveiller une clause d’exigibilité anticipée chez le prêteur.


Ce que “mise en sommeil” signifie concrètement pour une SCI

La mise en sommeil d’une société civile immobilière correspond à une cessation temporaire et totale d’activité. Sur le plan juridique, cette situation est encadrée par l’article R123-46 du Code de commerce, qui impose au représentant légal de déclarer cette cessation dans le délai d’un mois suivant son entrée en vigueur. La déclaration s’effectue aujourd’hui exclusivement via le guichet unique des formalités des entreprises de l’INPI (formalités.entreprises.gouv.fr), lequel se charge de transmettre l’information au greffe du tribunal de commerce.

Une fois la formalité accomplie, le greffe procède à une inscription modificative au RCS (art. R123-45 du Code de commerce), et la cessation est publiée au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales). Le Kbis de la SCI est mis à jour en conséquence.

⚠️ Durée maximale à ne pas dépasser. La cessation temporaire d’activité est plafonnée à 2 ans pour toute société immatriculée au RCS. Passé ce délai sans reprise ni dissolution, le greffe est habilité à radier la société d’office en application de l’article R123-125 du Code de commerce. Pour une SCI avec un crédit immobilier en cours, cette radiation aurait des conséquences juridiques et bancaires potentiellement graves.

La mise en sommeil d’une SCI se distingue donc de la dissolution-liquidation : la personnalité morale est maintenue, les contrats en cours restent valides, et les associés conservent leurs droits et obligations. C’est précisément ce dernier point qui rend la situation d’une SCI endettée délicate à gérer.


L’emprunt bancaire en cours : ce qui ne s’arrête pas

Voici la réalité que beaucoup d’associés de SCI ignorent : la mise en sommeil ne suspend, ne gèle, ni n’interrompt le contrat de prêt immobilier. Les mensualités continuent de courir. Les intérêts s’accumulent. La banque, elle, ne “dort” pas.

Les obligations de remboursement restent intactes

Quelle que soit la situation opérationnelle de la SCI — active, en sommeil, ou même en cours de dissolution — le contrat de prêt demeure un engagement contractuel indépendant. Les associés cautions personnelles restent exposés dans les mêmes proportions. Aucune disposition du droit des sociétés ne prévoit de moratoire automatique sur les dettes bancaires à l’occasion d’une mise en sommeil.

Si la SCI bénéficiait de loyers pour rembourser son crédit, et que la mise en sommeil signifie l’arrêt de toute perception de revenus locatifs, il convient d’anticiper la trésorerie nécessaire au remboursement sur toute la durée prévue de sommeil.

Les charges financières restent comptabilisables

Même sans activité, les intérêts d’emprunt constituent des charges financières qui doivent être constatées à chaque clôture d’exercice. Cette réalité comptable confirme qu’une SCI en sommeil avec crédit n’est jamais vraiment “inactive” sur le plan des obligations de gestion.

💡 Point comptable. Une SCI en sommeil doit malgré tout tenir une comptabilité, fût-elle minimale. Les remboursements de capital réduisent la dette au bilan ; les intérêts s’inscrivent en charges. Le dépôt des comptes annuels au greffe reste obligatoire (art. L232-21 et suivants du Code de commerce), même si le compte de résultat ne présente que des charges financières et aucun produit.


Informer la banque : une étape incontournable

C’est sans doute le point le plus sensible. Avant de déposer la moindre formalité sur le guichet unique de l’INPI, consultez votre contrat de prêt immobilier page par page. Plusieurs types de clauses peuvent vous concerner directement.

Les clauses d’exigibilité anticipée

Certains contrats de prêt accordés à des SCI comportent des clauses prévoyant la déchéance du terme — c’est-à-dire l’exigibilité immédiate de la totalité du capital restant dû — en cas de :

  • modification substantielle de l’objet social ou de l’activité de l’emprunteur ;
  • changement de la gérance ou de la composition des associés ;
  • dégradation significative de la situation financière de la société.

La publication au BODACC de la cessation temporaire d’activité est publiquement accessible. Votre banque peut donc en être informée par ses propres moyens de veille. Il vaut mieux lui annoncer la démarche en amont plutôt que de la laisser découvrir la modification au Kbis.

Le dialogue avec le conseiller bancaire

Dans la pratique, la plupart des établissements bancaires ne déclenchent pas automatiquement une clause d’exigibilité anticipée à la seule mise en sommeil d’une SCI, dès lors que :

  1. Les remboursements sont à jour et continuent d’être honorés ;
  2. La banque a été informée et n’a pas formulé d’opposition ;
  3. La durée de sommeil envisagée reste raisonnable (inférieure à 12 à 18 mois).

Un courrier recommandé avec accusé de réception adressé au service gestionnaire du prêt, expliquant les raisons et la durée prévisionnelle du sommeil, constitue une bonne pratique. Conservez la réponse écrite de la banque dans les archives de la SCI.

🔍 Le piège à éviter. Beaucoup de gérants de SCI déposent leur formalité au guichet unique avant même d’avoir relu leur contrat de prêt — par réflexe, parce que la démarche en ligne paraît anodine. C’est l’ordre inverse qui protège : relisez la clause “exigibilité anticipée” ou “déchéance du terme” de votre offre de prêt, contactez votre conseiller bancaire en amont, et ne déposez la déclaration de cessation qu’une fois ce point clarifié. Une fois la publication au BODACC effectuée, vous ne pouvez plus revenir en arrière sur l’information donnée aux tiers — y compris à votre banque.

SituationRisque bancairePrécaution recommandée
Prêt à jour, banque informée en amontFaibleCourrier recommandé + accusé de réception
Prêt à jour, banque non informéeModéréClause d’exigibilité possible si la banque découvre la modification
Prêt en retard + mise en sommeilÉlevéConsultation d’un avocat ou d’un expert-comptable avant toute démarche
Clause d’exigibilité explicite dans le contratTrès élevéNégociation préalable indispensable avec l’établissement prêteur

Les formalités légales pour mettre la SCI en sommeil

Une fois le dialogue bancaire engagé, la formalité administrative est relativement simple. Elle se déroule entièrement en ligne.

La déclaration via le guichet unique INPI

Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités des entreprises (création, modification, cessation) transitent par le guichet unique de l’INPI à l’adresse formalites.entreprises.gouv.fr. Le dépôt papier directement au greffe n’est plus possible pour la majorité des situations.

Pour une SCI, la mise en sommeil est une décision du gérant : aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est légalement requis pour cette formalité, sauf si les statuts de la SCI l’imposent expressément (dans ce cas, relisez-les avant toute démarche). Le gérant déclare la cessation temporaire totale d’activité, et cette déclaration constitue une inscription modificative au RCS (art. R123-46 du Code de commerce). Les pièces généralement demandées comprennent :

  • le formulaire de modification en ligne complété sur le guichet unique ;
  • la décision du gérant actant la mise en sommeil (ou, si les statuts l’exigent, le procès-verbal de l’organe compétent) ;
  • le cas échéant, la certification conforme de certains actes (art. R123-102 et A123-4 du Code de commerce).

La publication au BODACC

L’inscription modificative au RCS entraîne automatiquement une publication au BODACC. Cette publicité légale est importante : elle informe les tiers — dont votre banque — de la situation de cessation temporaire.

Les frais de greffe

Des frais de greffe sont dus pour l’inscription modificative, selon le barème en vigueur : 166,71 € TTC pour une inscription modificative avec avis BODACC sans dépôt d’acte, ou 173,97 € TTC avec dépôt d’acte. Consultez la page dédiée à la mise en sommeil d’une SCI pour connaître le détail de notre accompagnement et nos honoraires.

📌 Délai à respecter. La déclaration de cessation temporaire doit être déposée dans le mois suivant la date effective de mise en sommeil. Un retard expose le gérant à une injonction de régularisation de la part du greffe.


Obligations fiscales et comptables pendant le sommeil

La SCI ne disparaît pas fiscalement du fait de sa mise en sommeil. Selon son régime d’imposition, elle reste soumise à des obligations déclaratives annuelles.

SCI à l’IR (régime de transparence fiscale)

La grande majorité des SCI relèvent de l’impôt sur le revenu. Même sans revenus fonciers encaissés pendant la période de sommeil, la SCI doit déposer sa déclaration annuelle 2072 (déclaration des résultats de la SCI). Si la SCI a uniquement des charges financières (intérêts d’emprunt) et aucun produit, le résultat sera déficitaire. Ce déficit peut, sous conditions, être imputable sur les revenus fonciers personnels des associés.

SCI à l’IS

Pour les SCI soumises à l’impôt sur les sociétés, les obligations déclaratives sont identiques à celles d’une société commerciale : liasse fiscale, déclaration de résultat, et si le résultat est bénéficiaire, paiement de l’IS. Pendant le sommeil, avec uniquement des charges d’intérêts et aucun revenu, la SCI sera en général déficitaire, ce qui n’implique pas de paiement d’impôt mais n’exonère pas du dépôt des déclarations.

La CFE pendant la mise en sommeil

La cotisation foncière des entreprises (CFE) mérite une attention particulière. En l’absence totale d’activité, un dégrèvement de CFE est possible sur le fondement de l’article 1478 du Code général des impôts. Cependant, pour en bénéficier, il convient de déposer une demande expresse auprès du service des impôts des entreprises (SIE) compétent. Ce dégrèvement n’est pas automatique.

⚠️ Ne confondez pas cessation temporaire et dispense automatique de CFE. La mise en sommeil ne génère pas d’exonération de droit. La demande de dégrèvement doit être formulée explicitement, dans les délais prévus par l’administration fiscale.

ObligationSCI à l’IRSCI à l’ISPendant le sommeil
Déclaration annuelle2072Liasse fiscale ISMaintenue
Dépôt des comptes annuels au greffeOui (si obligatoire selon taille)OuiMaintenu (art. L232-21 C.com.)
CFESelon communeSelon communeDégrèvement possible sur demande (art. 1478 CGI)
Remboursement du prêtNon suspendu
Déclarations TVA (si SCI assujettie)Maintenues si assujettissement non levé

Reprendre l’activité ou dissoudre : anticiper la sortie du sommeil

La mise en sommeil n’est pas une fin en soi. Elle doit s’inscrire dans une stratégie clairement définie dès le départ, d’autant plus lorsqu’un emprunt immobilier structure les flux financiers de la SCI.

La reprise d’activité

Si la SCI reprend une activité locative ou toute autre opération entrant dans son objet social, le gérant doit déposer une nouvelle déclaration via le guichet unique de l’INPI pour notifier la reprise. Comme pour la mise en sommeil, cette décision relève du gérant — aucune assemblée générale n’est obligatoire, sauf disposition contraire des statuts. Cette formalité donne lieu à une nouvelle inscription modificative au RCS et à une publication au BODACC, aux mêmes frais de greffe que pour la mise en sommeil. La banque doit également en être informée.

La dissolution-liquidation

Si les associés décident de ne pas reprendre l’activité et que le crédit immobilier est soldé ou peut être remboursé par anticipation, la dissolution-liquidation de la SCI peut être envisagée. Cette procédure est distincte et plus complexe que la simple mise en sommeil.

Le risque de dépasser 2 ans

Si la SCI reste en sommeil au-delà de 2 ans sans que la reprise ni la dissolution ne soient formalisées, le greffe peut, en vertu de l’article R123-125 du Code de commerce, procéder à sa radiation d’office. La radiation ne signifie pas la disparition des dettes : le contrat de prêt demeure et les créanciers conservent leurs recours contre la société radiée et ses associés cautions. C’est un scénario à éviter absolument.

Pour tout ce qui concerne la vie de la société après le dépôt des formalités, notre guide Après mise en sommeil : que faire ? détaille les obligations de suivi à ne pas négliger.


Faire appel à un professionnel pour sécuriser la démarche

La mise en sommeil d’une SCI avec un crédit immobilier en cours cumule plusieurs problématiques distinctes : droit des sociétés, droit bancaire, fiscalité immobilière, et gestion comptable. Chacune de ces dimensions peut avoir des répercussions significatives sur le patrimoine des associés.

NORGE CONSEIL, opérateur du service miseensommeil.fr, accompagne les gérants de SCI dans la réalisation des formalités de mise en sommeil : préparation du dossier, dépôt via le guichet unique INPI, suivi du traitement par le greffe. Les honoraires s’élèvent à 150 € HT auxquels s’ajoutent les frais de greffe officiels.

Cet accompagnement couvre la formalité administrative. Pour les questions spécifiques relatives au contrat de prêt bancaire ou au traitement fiscal des déficits générés pendant le sommeil, nous vous recommandons de consulter, selon les cas, un expert-comptable ou un avocat spécialisé en droit bancaire.

💡 Une question sur votre situation ? Nos équipes sont disponibles pour vous aider à évaluer la faisabilité de votre projet et vous guider dans les démarches. Contactez-nous via notre page contact.


Pour aller plus loin sur des thématiques connexes, consultez également nos articles sur l’ARE et mise en sommeil : durée et droits en 2026 ainsi que sur la reprise d’activité après sommeil et ses implications sociales.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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