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Général

Reprendre une société en sommeil ou créer une SASU : que choisir ?

Reprendre une société en sommeil ou créer une nouvelle SASU ? Comparatif complet : coûts, fiscalité, délais et démarches pour faire le bon choix en 2026.

Par Marie Gattepaille · · 10 min de lecture
En bref
  • Reprendre une société en sommeil est souvent plus rapide et moins coûteux que créer une nouvelle structure, à condition que la société soit saine juridiquement.
  • La reprise d'activité se décide par le dirigeant seul (gérant ou président) : aucune assemblée générale n'est obligatoire, sauf si les statuts l'imposent.
  • La reprise d'activité nécessite une simple inscription modificative au RCS via le guichet unique INPI, sans capital à redéposer ni nouveaux statuts à rédiger.
  • Créer une nouvelle SASU peut être préférable si la société en sommeil porte des dettes, des litiges ou un historique fiscal défavorable.
  • La durée maximale de cessation temporaire d'activité est de 2 ans : au-delà, la radiation d'office est possible (art. R123-125 du Code de commerce).
Sommaire

Reprendre une société en sommeil ou créer une nouvelle SASU : le comparatif complet

Reprendre une société en sommeil est généralement plus rapide et moins coûteux que créer une nouvelle SASU : il suffit d’une inscription modificative au RCS via le guichet unique INPI, décidée par le dirigeant seul, sans capital à redéposer ni statuts à rédiger. Mais ce choix n’est pertinent que si la société existante est juridiquement et fiscalement saine.


Comprendre les deux options avant de décider

Face à un projet entrepreneurial, deux voies s’offrent à vous lorsqu’une société existe déjà à votre disposition — qu’elle vous appartienne ou que vous envisagiez de la racheter.

La première voie : réactiver une société en sommeil. Cette société est immatriculée au RCS, possède un numéro SIREN actif, des statuts, un historique comptable et, potentiellement, des actifs ou des déficits reportables. Elle a simplement déclaré une cessation temporaire totale d’activité, conformément à l’article R123-46 du Code de commerce.

La seconde voie : créer une nouvelle SASU. Vous repartez de zéro — statuts, capital social, immatriculation, publication d’un avis de constitution dans un journal d’annonces légales, dépôt au greffe. C’est une page blanche, avec tous les avantages et inconvénients que cela implique.

Ces deux options ne s’opposent pas de manière absolue. Elles répondent à des situations différentes, et le bon choix dépend d’une analyse précise de votre situation.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL « Lumière & Décors », a mis sa société en sommeil pendant 18 mois pour régler une situation personnelle. Au moment de relancer son activité, elle s’est posée exactement cette question — reprendre la SARL existante ou repartir avec une structure neuve. Elle a finalement choisi de réactiver sa société : ses comptes étaient à jour, elle n’avait aucune dette, et elle tenait à conserver son ancienneté commerciale auprès de ses fournisseurs.

⚠️ Point de vigilance : si la société en sommeil que vous visez n’est pas la vôtre mais appartient à un tiers, vous entrez dans le champ d’une cession de parts sociales ou d’actions — avec ses propres enjeux juridiques, fiscaux et de due diligence. Cet article traite principalement du cas où vous êtes déjà associé ou actionnaire unique de la société en question.


Reprendre une société en sommeil : la procédure et ses atouts

Ce que dit la loi

La mise en sommeil est une cessation temporaire totale d’activité, déclarée au guichet unique des formalités des entreprises (INPI) dans le délai d’un mois suivant la décision. Elle est encadrée par les articles R123-45 et R123-46 du Code de commerce. Sa durée est strictement limitée à 2 ans pour une société : passé ce délai, la radiation d’office est possible en vertu de l’article R123-125 du même code.

La reprise d’activité suit le chemin inverse : une inscription modificative au RCS, déposée via le guichet unique des formalités des entreprises opéré par l’INPI. Aucune nouvelle immatriculation n’est nécessaire. Le numéro SIREN reste identique, le Kbis est mis à jour après publication au BODACC, et la société retrouve tous ses droits et obligations.

Point souvent mal compris : qui décide de la reprise ? La mise en sommeil, comme la reprise d’activité, est une décision du dirigeant — gérant de SARL ou président de SASU. Aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est exigé par défaut, et cela vaut pour toutes les formes de sociétés, y compris les SARL pluripersonnelles. L’AG n’est requise que si les statuts de la société l’imposent explicitement. C’est un piège fréquent chez les praticiens peu habitués à ce type de formalité : ils réclament systématiquement un PV d’assemblée alors que rien dans la loi ne l’exige, sauf clause statutaire contraire. Avant toute démarche, relisez donc vos statuts pour vérifier s’ils prévoient une telle exigence.

Pour tout comprendre des étapes qui précèdent cette décision, consultez notre guide complet : Après mise en sommeil : que faire ?.

Les avantages concrets de la reprise

1. Un gain de temps significatif

La création d’une SASU impose de rédiger des statuts, de déposer le capital sur un compte bloqué, de publier un avis de constitution, d’immatriculer la société au greffe et d’attendre la délivrance du Kbis. Le délai total peut s’étaler de quelques jours à plusieurs semaines selon la charge des greffes et la complexité de l’opération.

La reprise d’une société en sommeil se résume à une déclaration modificative décidée par le dirigeant. Le traitement est généralement plus rapide qu’une création complète.

2. La continuité juridique et commerciale

La société reprend son activité avec son numéro SIREN, ses éventuels contrats en cours (à vérifier selon leurs clauses), sa relation bancaire existante et son historique. Pour certains secteurs réglementés, conserver un agrément ou une autorisation administrative peut justifier à lui seul la reprise plutôt que la création.

3. La conservation des déficits fiscaux reportables

Si la société en sommeil a généré des déficits antérieurement, ceux-ci sont en principe reportables sur les bénéfices futurs — sous réserve de l’absence de changement d’objet social ou d’activité significatif. Le report en avant peut s’exercer sans limite de durée, dans la limite d’un plafond de 1 000 000 € majoré de 50 % du bénéfice excédant ce montant ; un expert-comptable pourra confirmer les conditions applicables à votre situation précise. Une SASU nouvellement créée, elle, commence avec un résultat nul et sans aucun report.

4. Un coût moindre

Reprendre une société en sommeil ne nécessite pas de redéposer un capital social, de rédiger de nouveaux statuts ni de payer une publication d’avis de constitution. Les frais se limitent à l’inscription modificative au greffe — 166,71 € TTC pour une inscription avec avis BODACC sans dépôt d’acte, ou 173,97 € TTC avec dépôt d’acte — et, le cas échéant, aux honoraires d’un prestataire spécialisé. À titre d’exemple, l’accompagnement proposé par miseensommeil.fr s’élève à 150 € HT, frais de greffe compris. Pour vous en assurer, rendez-vous sur notre page dédiée à la reprise d’activité d’une société.


Créer une nouvelle SASU : quand c’est le bon choix

La création ex nihilo n’est pas le mauvais choix par défaut. Elle s’impose dans plusieurs configurations.

Quand la société en sommeil porte un passif

Si la société en sommeil a accumulé des dettes fiscales, sociales ou commerciales, la réactiver revient à réendosser ce passif. Une SASU nouvelle est, elle, vierge de tout engagement antérieur. La responsabilité de l’associé unique est certes limitée au montant de ses apports dans les deux cas, mais le passif social de la société elle-même peut constituer un frein opérationnel majeur — difficultés à ouvrir un compte bancaire, opposition de créanciers, procédures en cours.

Le piège à connaître : une société en sommeil ne doit jamais être en cessation des paiements. Si tel est le cas, la reprise d’activité ne règle rien — c’est une procédure collective qui s’impose, pas une simple formalité de reprise. Vérifiez systématiquement la situation de trésorerie et les dettes en cours avant d’envisager la réactivation.

Quand l’historique fiscal est défavorable

Une société ayant fait l’objet de redressements fiscaux, de pénalités ou d’une vérification de comptabilité récente peut constituer un risque opérationnel. Repartir sur une structure nouvelle permet d’éviter cet historique.

Quand l’objet ou la forme sociale doit changer

Si votre nouveau projet diffère significativement de celui de la société en sommeil — objet social, structure d’associés, régime fiscal souhaité — la création d’une nouvelle entité peut être plus cohérente. Modifier substantiellement une société en sommeil (changement d’objet, ouverture du capital, transformation de forme) entraîne des démarches presque aussi lourdes qu’une création.

Quand vous souhaitez un démarrage fiscal neutre

Une SASU nouvellement créée commence son premier exercice avec des obligations déclaratives légères. La reprise d’une société en sommeil implique de régulariser tous les dépôts de comptes annuels en retard — car cette obligation est maintenue pendant toute la durée de la mise en sommeil, conformément aux articles L232-21 et suivants du Code de commerce. Toute irrégularité de dépôt doit être corrigée avant ou lors de la reprise.

💡 Rappel : même sans activité, une société en sommeil doit chaque année déposer ses comptes annuels au greffe du tribunal de commerce et établir ses liasses fiscales. Un oubli peut entraîner des injonctions judiciaires et alourdir le passif de la société.


Tableau comparatif : reprise vs création nouvelle SASU

CritèreReprise d’une société en sommeilCréation d’une nouvelle SASU
Décision requiseDirigeant seul (sauf clause statutaire contraire)Décision du fondateur, rédaction de statuts
Délai de démarrageCourt (inscription modificative)Moyen à long (immatriculation complète)
Capital socialPas de nouveau dépôt requisDépôt obligatoire (1 € minimum)
StatutsExistants (modification possible)À rédiger intégralement
Publication légaleBODACC suite à l’inscription modificativeObligatoire (avis de constitution)
Numéro SIRENConservéNouveau numéro attribué
Historique comptableConservé (avantage ou risque)Néant — page blanche
Déficits reportablesPotentiellement conservés (sous conditions, à valider avec un expert-comptable)Aucun à la création
Passif éventuelRepris intégralementAucun passif antérieur
Obligations de dépôt en coursÀ régulariser si en retardNéant
CFEDégrèvement possible pendant le sommeil (art. 1478 CGI)Exonération la 1ère année, puis base minimale fixée par la commune : renseignez-vous auprès de votre service des impôts des entreprises
Frais de greffe (société)166,71 € (sans dépôt d’acte) à 173,97 € (avec dépôt d’acte)Frais de greffe + statuts + publication + honoraires
Complexité juridiqueFaible si société saineFaible à modérée

Les obligations fiscales et sociales à la reprise

La reprise d’activité ne constitue pas un événement fiscal générateur d’imposition immédiate. Elle marque simplement le retour aux obligations déclaratives ordinaires, à compter de la date effective de reprise.

TVA et impôt sur les sociétés

À compter de la date effective de reprise déclarée au guichet unique INPI, la société reprend ses obligations en matière de TVA (déclarations périodiques selon le régime applicable) et d’impôt sur les sociétés. Le premier exercice fiscal incluant la reprise est clos à la date habituelle de clôture de l’exercice, sauf modification statutaire. Pour un exercice clos au 31 décembre, la déclaration de résultat (liasse IS) doit être déposée au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai.

Cotisations sociales du dirigeant

La situation du président de SASU mérite une attention particulière. Assimilé-salarié, il ne génère de cotisations que s’il se verse une rémunération. La reprise d’activité de la société ne déclenche donc pas automatiquement de charges sociales — celles-ci dépendent des décisions de rémunération prises après la reprise.

Pour les anciens auto-entrepreneurs ou gérants de SARL ayant perçu des allocations chômage (ARE) pendant la période de sommeil, la reprise d’activité peut modifier les droits. Consultez notre article dédié : ARE et cotisations sociales : reprendre après sommeil.

CFE pendant et après le sommeil

La cotisation foncière des entreprises (CFE) est susceptible d’un dégrèvement pendant la période de sommeil en l’absence d’activité, sur le fondement de l’article 1478 du Code général des impôts. La réclamation doit être déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (art. R196-1 du LPF). À la reprise, la CFE redevient exigible dans les conditions ordinaires. Pour les auto-entrepreneurs concernés, notre article sur la CFE en période de sommeil détaille les modalités de dégrèvement.

📌 Important : la date de reprise déclarée au RCS via le guichet unique sert de référence pour toutes les administrations — URSSAF, service des impôts des entreprises, organismes sociaux. Veillez à ce qu’elle corresponde bien à la date à laquelle vous souhaitez reprendre vos obligations effectives.


Les étapes concrètes selon le choix retenu

Si vous choisissez de reprendre la société en sommeil

Étape 1 — Audit préalable : vérifiez l’état des dépôts de comptes annuels, l’absence de dettes fiscales ou sociales, l’absence de cessation des paiements, la validité de l’objet social au regard de votre activité projetée, et la durée de sommeil écoulée (art. R123-125 du Code de commerce : 2 ans maximum pour une société).

Étape 2 — Régularisations éventuelles : si des comptes annuels n’ont pas été déposés, régularisez la situation avant la reprise. Si l’objet social doit être modifié, vérifiez vos statuts : une décision du dirigeant suffit en principe, sauf clause statutaire imposant une décision collective.

Étape 3 — Déclaration de reprise : déposez l’inscription modificative via le guichet unique INPI, dans le mois suivant la décision du dirigeant. La mise à jour du Kbis intervient après validation par le greffe. La publication au BODACC informe les tiers de la reprise d’activité.

Étape 4 — Reprise des obligations : réactivez vos déclarations TVA, prévenez votre banque, et vérifiez les éventuelles obligations d’assurance professionnelle.

Pour une lecture d’ensemble sur les obligations après la mise en sommeil, consultez notre guide : Après mise en sommeil : que faire ?.

Si vous choisissez de créer une nouvelle SASU

Étape 1 — Rédaction des statuts : adaptez-les précisément à votre activité, votre régime fiscal souhaité et votre mode de gouvernance.

Étape 2 — Dépôt du capital : même symbolique (1 € est légalement possible), le dépôt sur un compte bloqué conditionne l’immatriculation.

Étape 3 — Immatriculation : via le guichet unique INPI, avec dépôt de tous les justificatifs requis.

Étape 4 — Publication de l’avis de constitution : obligatoire dans un journal d’annonces légales habilité.

Étape 5 — Réception du Kbis : point de départ officiel de l’activité.


Notre recommandation : une décision à prendre au cas par cas

Il n’existe pas de réponse universelle à la question « reprendre ou créer ? ». La décision rationnelle découle d’une grille d’analyse simple :

Reprenez la société en sommeil si :

  • Elle est saine (pas de passif, pas de cessation des paiements, comptes à jour)
  • Elle dispose de déficits reportables valorisables
  • Elle conserve des actifs, contrats ou autorisations utiles
  • Le délai de 2 ans n’est pas dépassé
  • Son objet social correspond à votre projet

Créez une nouvelle SASU si :

  • La société en sommeil porte des dettes ou un historique problématique
  • L’objet social ou la structure doivent être profondément modifiés
  • Vous souhaitez une page blanche sans aucun lien avec le passé
  • La durée de 2 ans est dépassée ou proche de l’être

Comme pour Nathalie et sa SARL « Lumière & Décors », la bonne décision tient souvent à un examen factuel simple : comptes à jour, absence de dettes, objet social toujours pertinent. Quand ces conditions sont réunies, la reprise reste, dans la grande majorité des cas, la voie la plus rapide et la plus économique.

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Pour les droits ARE et l’impact du choix de reprise sur vos allocations, consultez également notre article : ARE et mise en sommeil : durée et droits en 2026.


Cet article est fourni à titre d’information générale. Il ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Pour toute décision engageant votre situation, consultez un avocat ou un expert-comptable.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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