Mise en Sommeil
Juridique

Société en sommeil : que se passe-t-il après 2 ans ?

Radiation automatique, obligations maintenues, sanctions : découvrez les risques réels si vous ne reprenez pas l'activité avant la limite légale de 2 ans.

Par Marie Gattepaille · · 6 min de lecture
En bref
  • La durée maximale légale de la cessation temporaire d'activité est de 2 ans pour une société immatriculée au RCS.
  • Au-delà de 2 ans sans reprise, le greffe peut procéder à une radiation d'office de la société (art. R123-125 du Code de commerce).
  • Les obligations comptables et fiscales restent dues pendant toute la période de sommeil, quelle qu'en soit la durée.
  • Reprendre l'activité avant l'échéance des 2 ans nécessite une inscription modificative au RCS via le guichet unique de l'INPI.
Sommaire

Passé 2 ans de cessation temporaire d’activité sans reprise ni dissolution, le greffe du tribunal de commerce peut radier votre société d’office, en vertu de l’article R123-125 du Code de commerce. La société perd alors sa personnalité morale — mais les dettes, elles, ne disparaissent pas avec le Kbis. C’est précisément pour éviter ce scénario que la limite des 2 ans doit être anticipée, et non découverte au dernier moment.


Pourquoi la loi impose une limite de 2 ans

La cessation temporaire d’activité n’est pas une situation indéfinie. La déclaration de cessation temporaire totale d’activité, enregistrée auprès du guichet unique des formalités des entreprises (INPI), a une durée de vie légale : 2 ans à compter de la date d’enregistrement pour une société immatriculée au RCS.

Ce délai n’est pas arbitraire. Il vise à éviter que des sociétés inactives encombrent indéfiniment le registre du commerce et des sociétés, au détriment de la fiabilité des informations publiées au BODACC.

À retenir : la mise en sommeil n’est pas une solution pérenne, mais un outil de gestion temporaire — une pause réversible, pas un abandon. Elle est conçue pour traverser une période de transition (restructuration, recherche d’un repreneur, situation personnelle à régler) avant de reprendre l’activité ou de fermer proprement la société.

Au-delà de 2 ans, la société se retrouve dans une zone grise : ni en activité, ni dissoute. C’est cette incertitude que la loi cherche à limiter.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL « Lumière & Décors », avait mis sa société en sommeil pour 18 mois, le temps de régler une situation personnelle. Elle a repris l’activité quelques semaines avant l’échéance — largement dans les temps. Le risque n’existe que pour les dirigeants qui laissent filer l’échéance sans suivi.


La radiation d’office : quand et comment cela se passe

L’article R123-125 du Code de commerce confère au greffe le pouvoir de radier d’office toute société qui dépasse la durée maximale de cessation temporaire sans avoir régularisé sa situation.

Concrètement, voici le déroulement :

ÉtapeDélai approximatifConséquence
Dépassement des 2 ans sans déclarationÀ la date anniversaire de l’enregistrementLa société entre en zone de risque
Mise en demeure éventuelle du greffeSelon le formalisme propre à chaque greffeInvitation à régulariser ou dissoudre
Radiation d’office prononcéeÀ la discrétion du greffePerte de la personnalité morale
Publication au BODACCAprès décisionLa radiation est opposable aux tiers

La radiation d’office entraîne la perte de la personnalité morale de la société. Elle ne peut plus exercer d’activité, signer de contrat, ni figurer comme partie dans un litige. Le Kbis est radié.

Piège fréquent : beaucoup de dirigeants pensent que la radiation d’office « efface l’ardoise ». C’est l’inverse. Les dettes fiscales, sociales et commerciales antérieures subsistent et peuvent continuer à être réclamées — aux associés ou aux dirigeants selon la forme juridique et les garanties en cause. La radiation met fin à la société, pas à ses engagements passés.


Les obligations qui perdurent pendant les 2 ans

Une société en sommeil n’est pas une société « suspendue » sur tous les plans. Plusieurs obligations restent actives pendant toute la durée de la mise en sommeil :

  • Dépôt des comptes annuels : conformément aux articles L232-21 et suivants du Code de commerce, l’obligation de déposer les comptes annuels au greffe est maintenue, même en l’absence totale d’activité. Des comptes « néant » doivent être établis et déposés.
  • Déclarations fiscales : la déclaration de résultat doit être déposée chaque année — pour un exercice clos au 31 décembre, au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai. L’absence de chiffre d’affaires ne dispense jamais de la déclaration.
  • TVA : si la société était soumise à la TVA, des déclarations néant restent en principe exigibles selon le régime applicable. Les modalités précises (périodicité, formulaire) varient d’un régime à l’autre : renseignez-vous auprès de votre service des impôts des entreprises pour les adapter à votre situation.
  • Contribution économique territoriale (CFE) : un dégrèvement est possible en l’absence totale d’activité (article 1478 du CGI), mais il doit être demandé expressément — par voie de réclamation déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (article R196-1 du LPF). Il n’est jamais accordé automatiquement.

Ne pas respecter ces obligations expose les dirigeants à des injonctions de faire prononcées par le président du tribunal de commerce, à des amendes, et dans certains cas à une mise en cause de leur responsabilité personnelle.


Reprendre l’activité avant les 2 ans : la marche à suivre

Si votre projet de reprise se précise avant l’échéance, vous devez effectuer une déclaration de reprise d’activité. C’est une inscription modificative au RCS, réalisée via le guichet unique dématérialisé de l’INPI.

Comme pour la mise en sommeil elle-même, la reprise relève d’une décision du dirigeant (gérant ou président) : aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est exigé par défaut, sauf si les statuts de votre société le prévoient expressément. C’est une règle qui surprend souvent les dirigeants de SARL, persuadés à tort qu’une AG est systématiquement requise.

Cette démarche déclenche plusieurs effets :

  1. Mise à jour du Kbis : la mention de cessation temporaire est supprimée.
  2. Publication au BODACC : la reprise est portée à la connaissance des tiers.
  3. Reprise des obligations déclaratives : TVA, résultat, cotisations sociales reprennent à compter de la date effective de reprise.

Pour en savoir plus sur les étapes précises et les coûts associés, consultez notre page dédiée à la reprise d’activité d’une société.

Bon à savoir : la procédure de reprise passe par le même guichet unique, quelle que soit la forme juridique — SARL, SASU, SCI. Des spécificités peuvent toutefois s’appliquer selon la structure. Consultez nos guides sur la mise en sommeil SARL ou la mise en sommeil EURL pour le détail propre à chaque forme.


Que faire si les 2 ans sont déjà dépassés

Si vous lisez cet article alors que le délai de 2 ans est déjà écoulé, tout n’est pas perdu — à condition d’agir rapidement. Deux situations sont possibles.

1. La radiation d’office n’a pas encore été prononcée. Il est encore possible de déposer une déclaration de reprise d’activité, ou d’engager volontairement une procédure de dissolution-liquidation si la reprise n’est plus envisagée. Cette régularisation, prise à votre initiative, reste toujours préférable à une décision imposée par le greffe.

2. La radiation d’office a été prononcée. La société a perdu sa personnalité morale. La situation est plus complexe et nécessite un accompagnement adapté. Selon les circonstances (dettes en cours, litiges, actif résiduel), différentes voies existent, mais elles sont plus longues et plus coûteuses qu’une régularisation anticipée.

Dans les deux cas, la question de mise en sommeil ou dissolution mérite d’être posée sereinement. Si vous hésitez encore sur la suite à donner, l’article mise en sommeil ou radiation : comment choisir vous aidera à y voir plus clair.

Pour les auto-entrepreneurs, les règles diffèrent sensiblement : la cessation temporaire est limitée à 1 an (prolongeable d’1 an pour une activité commerciale, 2 ans maximum), et la radiation d’office intervient selon une autre logique, liée à l’absence de chiffre d’affaires déclaré pendant 2 années civiles consécutives. Notre guide sur la mise en sommeil auto-entrepreneur détaille les spécificités applicables à ce statut.


Récapitulatif : ce qu’il faut retenir

SituationRisque principalAction recommandée
Mise en sommeil < 2 ansAucun risque de radiationSurveiller l’échéance, tenir la comptabilité à jour
Approche des 2 ansRadiation possible si rien n’est déclaréDécider : reprise ou dissolution, et le formaliser
Dépassement des 2 ansRadiation d’office, perte de la personnalité moraleRégularisation rapide ou dissolution volontaire
Radiation déjà prononcéeSituation complexe, dettes persistantesAccompagnement spécialisé recommandé

Le coût d’une régularisation anticipée reste très inférieur à celui d’une radiation subie. Pour mémoire, les frais d’une mise en sommeil déclarée dans les règles sont détaillés dans notre article sur le coût de la mise en sommeil d’une société.

Vous approchez de la limite des 2 ans, ou vous l’avez déjà dépassée ? Notre équipe peut analyser votre situation et vous orienter vers la solution la plus adaptée — reprise, dissolution ou régularisation. Contactez-nous pour en discuter.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

Une formalité de reprise d'activité d'une société à faire ?

On monte et déposons votre dossier au guichet unique. Devis clair et frais annoncés d'avance · 150 € HT · dépôt au greffe sous 48h · sans engagement.

Sur le même sujet

On gère votre reprise d'activité d'une société
150 € HT · réponse sous 24h
Démarrer