Mise en Sommeil
Mise en sommeil

Mise en sommeil SCI : avantages et inconvénients

Mettre une SCI en sommeil : quels avantages fiscaux, quels risques juridiques ? Tour complet des pour et contre avant de décider.

Par Marie Gattepaille · · 7 min de lecture
En bref
  • La mise en sommeil d'une SCI permet de suspendre l'activité sans dissoudre la société, pour une durée maximale de 2 ans.
  • Les obligations comptables (dépôt des comptes annuels) et la gestion administrative restent en vigueur pendant la période de sommeil.
  • Un dégrèvement de CFE est possible en l'absence d'activité, mais il doit être expressément demandé auprès du service des impôts.
Sommaire

Une SCI peut rester en sommeil jusqu’à 2 ans : la personnalité morale, le SIREN et les comptes bancaires sont conservés, mais la comptabilité, le dépôt des comptes annuels et les déclarations fiscales restent obligatoires. C’est ce double visage — pause protectrice d’un côté, obligations qui continuent de courir de l’autre — qu’il faut peser avant de décider.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL « Lumière & Décors », a déjà traversé une mise en sommeil de sa société d’exploitation. Le même réflexe vaut pour une SCI familiale : lorsqu’un bien est vendu et qu’aucun nouveau projet immobilier n’est encore identifié, mieux vaut suspendre la structure que la dissoudre dans la précipitation.


Pourquoi envisager la mise en sommeil d’une SCI ?

Une SCI (société civile immobilière) peut traverser des périodes d’inactivité pour des raisons très diverses : litige entre associés, patrimoine immobilier vendu et en attente d’un nouveau projet, gérant temporairement indisponible, ou simplement volonté de geler la structure le temps de réfléchir à une réorientation.

La dissolution-liquidation est irréversible et coûteuse. La mise en sommeil, elle, conserve la personnalité morale de la SCI, son numéro SIREN, ses comptes bancaires ouverts et sa capacité contractuelle. C’est précisément cette réversibilité qui en fait une option sérieuse — à condition d’en connaître les limites.

📌 La mise en sommeil n’est pas un état « neutre ». C’est une situation juridique déclarée, publiée, et soumise à des obligations précises pendant toute sa durée.


Les avantages concrets de mettre une SCI en sommeil

Préserver la structure sans frais de liquidation

Dissoudre et liquider une SCI implique un liquidateur, des formalités de radiation, une publication légale et des délais. La mise en sommeil évite tout cela. La SCI reste immatriculée au RCS, et les associés conservent leurs droits sans avoir à reconstituer une nouvelle société si le projet reprend.

C’est particulièrement pertinent lorsque le patrimoine immobilier a été temporairement vendu mais qu’un nouvel investissement est envisagé à court ou moyen terme.

Supprimer ou réduire certaines charges fiscales

En l’absence d’activité et de locaux imposables, il est possible de solliciter un dégrèvement de cotisation foncière des entreprises (CFE) auprès du service des impôts des entreprises. Ce dégrèvement n’est pas automatique : il faut en faire la demande expresse, en précisant la date de mise en sommeil et l’absence de locaux. La base légale est l’article 1478 du Code général des impôts, et la réclamation doit être déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (article R196-1 du Livre des procédures fiscales).

Pour une SCI à l’IS (impôt sur les sociétés), l’absence de revenus fonciers ou de cessions pendant l’exercice peut également réduire sensiblement la pression fiscale — sous réserve que toutes les obligations déclaratives soient respectées.

Suspendre l’activité sans rupture des relations contractuelles

La SCI en sommeil conserve sa personnalité morale. Elle peut donc rester titulaire de baux, de comptes bancaires ou de contrats d’assurance, sans avoir à les résilier. Pour un patrimoine en cours de mutation ou une situation de copropriété complexe, cela évite de nombreuses complications pratiques.

Faciliter une reprise rapide

Si les conditions redeviennent favorables — réconciliation entre associés, nouveau bien immobilier identifié, projet familial relancé —, la reprise d’activité s’effectue par une simple formalité modificative au guichet unique de l’INPI. Pas besoin de recréer une société, de rouvrir un compte ou de renégocier des statuts depuis zéro.


Les inconvénients à ne pas sous-estimer

Les obligations comptables et administratives restent entières

C’est le point que beaucoup de gérants découvrent trop tard : mettre une SCI en sommeil ne suspend pas les obligations légales. En vertu des articles L232-21 et suivants du Code de commerce, la SCI doit continuer à :

  • Tenir une comptabilité régulière,
  • Établir et approuver les comptes annuels,
  • Déposer ces comptes au greffe dans les délais légaux.

L’absence de dépôt expose la SCI à des injonctions de dépôt, à des astreintes et, à terme, à une radiation d’office. Pour en savoir plus sur ces obligations, consultez notre article sur le bilan comptable en sommeil : obligations en 2026.

Piège de praticien : beaucoup de gérants de SCI pensent, à tort, qu’une cessation d’activité totale les dispense de toute formalité comptable « puisqu’il ne se passe plus rien ». C’est faux : l’obligation de dépôt des comptes annuels ne dépend pas du niveau d’activité, mais du seul fait que la société existe encore juridiquement. Une SCI en sommeil qui n’a perçu aucun loyer doit malgré tout déposer des comptes — même à zéro.

La durée maximale est limitée à 2 ans

L’article R123-125 du Code de commerce est sans ambiguïté : au-delà de deux ans de cessation totale d’activité, le greffier peut radier d’office la société. Cette radiation met fin à la personnalité morale de la SCI sans procédure de liquidation formelle — une situation potentiellement plus compliquée à gérer qu’une dissolution volontaire.

La mise en sommeil n’est donc pas une solution indéfinie. Elle impose aux associés de trancher avant l’échéance des 2 ans : reprendre, transformer ou dissoudre.

⚠️ Si la SCI est radiée d’office faute de reprise ou de formalité dans le délai de 2 ans, les conséquences patrimoniales et fiscales peuvent être difficiles à gérer. Anticipez.

La formalité de déclaration est obligatoire et publiée

La cessation temporaire d’activité n’est pas un état de fait informel. Elle doit être déclarée au guichet unique des formalités des entreprises (INPI), dans le délai d’un mois suivant la décision, ce qui déclenche une inscription modificative au RCS (article R123-45 et R123-46 du Code de commerce). La modification est ensuite publiée au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), ce qui la rend publique et opposable aux tiers.

Toute omission de cette formalité expose la SCI à des irrégularités au RCS et prive les associés de la protection que confère le statut de société en sommeil. Pour comprendre ce qui est exactement publié, lisez notre article sur BODACC et mise en sommeil : ce qui est publié.

Les charges fixes peuvent subsister

Même sans activité, certaines charges persistent : frais de domiciliation, honoraires d’expert-comptable (si la SCI a opté pour l’IS, la comptabilité reste une nécessité), cotisations à des syndicats ou associations professionnelles, ou encore primes d’assurance sur les biens toujours détenus. Le gain financier réel dépend donc beaucoup de la configuration patrimoniale de la SCI concernée.


Tableau comparatif : pour ou contre la mise en sommeil d’une SCI

CritèreMise en sommeilDissolution-liquidation
Réversibilité✅ Oui, reprise possible à tout moment sous 2 ans❌ Non, définitif
Durée maximale2 ans (art. R123-125 C. com.)Sans objet
Obligations comptables✅ Maintenues (dépôt des comptes obligatoire)Clôture définitive des comptes
CFEDégrèvement possible sur demandeCessation imposable à la date d’effet
Coût immédiatFaible (frais de greffe : 166,71 € sans dépôt d’acte, 173,97 € avec dépôt d’acte)Élevé (liquidateur, actes, formalités)
Personnalité morale✅ Conservée❌ Disparaît à la clôture de liquidation
Publication BODACCOui, obligatoireOui, obligatoire
Complexité administrativeModéréeÉlevée

La procédure de mise en sommeil d’une SCI en pratique

La déclaration de cessation temporaire d’activité s’effectue exclusivement via le guichet unique des formalités des entreprises (INPI). Il n’est plus possible de déposer directement au greffe du tribunal de commerce.

Les étapes principales sont les suivantes :

  1. Décision du gérant — La mise en sommeil relève d’une décision du gérant. Aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est exigé par la loi, sauf si les statuts de la SCI imposent expressément une décision collective des associés pour ce type d’acte : dans ce cas, mieux vaut s’y conformer pour éviter toute contestation ultérieure.
  2. Dépôt de la formalité — Via le guichet unique INPI, dans le délai d’un mois suivant la décision, avec les pièces justificatives requises (acte de décision, formulaire modificatif, copie de pièce d’identité du gérant…).
  3. Transmission au RCS — Le guichet unique transmet l’inscription modificative au greffe compétent (article R123-45 du Code de commerce).
  4. Publication au BODACC — Automatiquement déclenchée par le greffe.
  5. Mise à jour du Kbis — Le Kbis de la SCI mentionne désormais la cessation temporaire d’activité avec sa date d’effet.

Piège de praticien : si les statuts de la SCI prévoient une clause imposant une décision collective pour tout acte modifiant le fonctionnement de la société, ignorer cette clause au profit d’une simple décision du gérant peut fragiliser la formalité — même si la loi, elle, n’exige pas d’AG par défaut. Relisez toujours les statuts avant d’agir.

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Ce qui change (et ce qui ne change pas) après la mise en sommeil

Ce qui change

  • La SCI n’exerce plus aucune activité civile : elle ne perçoit plus de loyers, ne conclut plus de nouveaux baux, ne réalise plus d’opérations patrimoniales courantes.
  • Le Kbis indique la mention de cessation temporaire d’activité.
  • Un éventuel dégrèvement de CFE peut être obtenu.
  • Les partenaires, banques et tiers sont informés via la publication BODACC.

Ce qui ne change pas

  • La personnalité morale de la SCI subsiste pleinement.
  • Les associés restent associés avec leurs droits et obligations statutaires.
  • La comptabilité doit être tenue, les comptes approuvés et déposés chaque année.
  • Le gérant conserve ses pouvoirs de représentation légale pour les actes nécessaires à la gestion de la période de sommeil.
  • Les dettes et créances antérieures demeurent exigibles.

💡 Si vous êtes gérant d’une SCI en sommeil et que vous vous interrogez sur les démarches à suivre après la formalité, notre guide Après mise en sommeil : que faire ? détaille toutes les étapes post-déclaration.


Mise en sommeil ou dissolution : comment choisir ?

La réponse tient à une question centrale : avez-vous une intention de reprise réaliste dans les deux prochaines années ?

Si oui, la mise en sommeil est logiquement préférable. Elle préserve la structure, limite les frais immédiats et vous laisse le temps de réorganiser le projet.

Si non — si la SCI n’a plus de raison d’être, si les associés souhaitent tourner définitivement la page, ou si le patrimoine a été intégralement cédé sans projet de réinvestissement —, la dissolution-liquidation est plus propre juridiquement et évite d’accumuler des obligations comptables pour une coquille vide.

Dans tous les cas, une consultation avec un professionnel reste recommandée pour évaluer les implications fiscales propres à votre situation, notamment si la SCI est soumise à l’IS ou si des plus-values latentes sont en jeu.


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Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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