Mise en Sommeil
Dissolution-liquidation

SASU : mise en sommeil ou dissolution ? Comparatif

Mise en sommeil ou dissolution de votre SASU : coûts, obligations, délais. Comparez les deux options pour choisir la bonne solution selon votre situation.

Par Marie Gattepaille · · 7 min de lecture
En bref
  • La mise en sommeil est une pause réversible de 2 ans maximum ; la dissolution est définitive et irréversible.
  • En sommeil, les obligations déclaratives (comptes annuels, liasse IS) restent dues ; seule l'activité s'arrête.
  • La dissolution-liquidation coûte davantage (deux formalités, deux annonces légales) mais clôt définitivement les droits et obligations de la société.
  • Le choix dépend de votre horizon : incertitude temporaire → sommeil ; décision ferme de fermer → dissolution.
Sommaire

La mise en sommeil suspend temporairement l’activité de votre SASU sans la détruire ; la dissolution-liquidation y met fin de manière définitive. Ces deux voies n’ont ni le même coût, ni les mêmes conséquences juridiques, ni le même degré d’irréversibilité. Ce comparatif vous aide à choisir en connaissance de cause.

Ce que chaque option signifie concrètement

La mise en sommeil : une pause, pas une fermeture

Mettre une SASU en sommeil, c’est déclarer une cessation temporaire totale d’activité au guichet unique des formalités des entreprises (INPI). Le président prend seul cette décision — aucune assemblée générale n’est requise, aucun procès-verbal n’est imposé par la loi, sauf si vos statuts en disposent autrement (source : service-public.fr, fiche F37362).

La formalité doit être accomplie dans le délai d’un mois suivant la décision. Elle génère une inscription modificative au RCS et une publication au BODACC ; la mention “en sommeil” apparaît sur le Kbis. La société continue d’exister légalement, avec son numéro SIREN, ses contrats non résiliés et son passé fiscal intact.

La durée maximale est de 2 ans. Passé ce délai, l’article R123-125 du Code de commerce autorise le greffier à radier la société d’office. La mise en sommeil est donc une fenêtre, pas une solution indéfinie.

La dissolution-liquidation : une fermeture définitive en deux actes

Dissoudre une SASU, c’est décider d’en effacer définitivement l’existence. La procédure se déroule en deux étapes distinctes, chacune nécessitant une formalité au RCS et une annonce légale :

  1. La dissolution : décision de l’associé unique (procès-verbal ou décision unilatérale), dépôt au greffe, nomination d’un liquidateur, publication d’une annonce légale de dissolution.
  2. La clôture de liquidation : après apurement du passif et réalisation de l’actif, une seconde annonce légale est publiée, puis la société est radiée du RCS dans le délai d’un mois à compter de la publicité de la clôture.

Il n’y a pas de retour en arrière possible une fois la radiation prononcée.


Comparatif point par point

CritèreMise en sommeilDissolution-liquidation
RéversibilitéOui — reprise possible à tout momentNon — radiation définitive
Durée2 ans maximumVariable (liquidateur mandaté jusqu’à 3 ans, renouvelable)
Décision requiseDécision du président seulDécision de l’associé unique (PV ou acte)
Formalités au RCS1 (inscription modificative)2 (dissolution + radiation)
Annonces légales02 (dissolution + clôture)
Frais de greffe TTC166,71 € (sans dépôt d’acte)~181,23 € cumulés (173,97 € + 7,26 €)
Coût des annonces légales~153 € HT (dissolution) + ~111 € HT (clôture)
Obligations déclarativesMaintenues (comptes annuels, IS)Maintenues jusqu’à la clôture
Cotisations socialesSelon situation du présidentSelon situation jusqu’à clôture
Déficits fiscaux reportablesConservésPerdus à la clôture

⚠️ Attention au piège le plus courant : beaucoup de présidents de SASU croient que la mise en sommeil suspend toutes leurs obligations. C’est faux. Le dépôt des comptes annuels reste obligatoire (art. L232-21 du Code de commerce), la liasse IS doit être déposée même à néant (au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai pour un exercice clos au 31 décembre), et la CFE peut rester due selon la date de la mise en sommeil — même si un dégrèvement est possible en l’absence d’activité (art. 1478 du CGI, réclamation à déposer avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement).


Les situations qui orientent vers le sommeil

La mise en sommeil s’impose naturellement lorsque l’avenir est incertain mais l’arrêt est temporaire. Quelques exemples fréquents :

  • Vous traversez une période personnelle difficile (problème de santé, restructuration familiale) et souhaitez conserver la structure sans contrainte d’activité immédiate.
  • Vous attendez un repreneur ou un associé et ne voulez pas perdre l’antériorité de la société, ses références ou ses contrats-cadres.
  • Votre marché est en pause saisonnière ou cyclique prolongée, mais vous comptez reprendre dans les 12 à 18 mois.
  • Vous souhaitez tester une autre activité sans fermer la SASU existante.

Nathalie, gérante de la SARL “Lumière & Décors” — notre fil rouge illustratif —, a mis sa société en sommeil 18 mois lors d’un déménagement international. Elle a pu reprendre son activité sans refaire de nouvelle immatriculation, en conservant ses anciens contrats fournisseurs et son historique bancaire. Le gain de temps et d’argent a été significatif par rapport à une dissolution suivie d’une nouvelle création.

La reprise d’activité après sommeil est elle aussi une simple décision du président, déclarée au guichet unique. Si vous anticipez cette étape, l’article Après mise en sommeil : que faire ? Guide complet détaille la procédure pas à pas. Et si une annonce légale est nécessaire pour la reprise dans votre cas, consultez également notre guide sur l’annonce légale de reprise d’activité SAS.


Les situations qui orientent vers la dissolution

La dissolution-liquidation devient la bonne option lorsque la décision de fermer est ferme, actée et sans ambiguïté. Notamment :

  • Vous avez cessé toute activité depuis plusieurs mois et ne voyez aucun scénario de reprise.
  • La SASU arrive au terme des 2 ans de sommeil autorisés et la reprise n’est pas envisagée.
  • Vous souhaitez récupérer les éventuels actifs restants (boni de liquidation) ou solder définitivement le passif.
  • La structure a atteint son objectif (projet ponctuel, portage d’une opération immobilière, joint-venture terminée).

Un point souvent négligé : si la SASU détient des déficits fiscaux reportables à l’IS, ils seront perdus à la clôture de la liquidation. Le report en avant est plafonné à 1 000 000 € + 50 % du bénéfice excédant ce montant (BOFiP, BOI-IS-DEF-10-30), mais il ne survit pas à la radiation. Si ces déficits ont une valeur économique réelle, la mise en sommeil prolongée peut être plus pertinente.

Le boni de liquidation éventuellement perçu par l’associé unique personne physique est imposé comme un revenu distribué au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, ou sur option au barème progressif de l’IR (art. 112 et 161 du CGI).

Pour tout comprendre sur la procédure complète, notre page dissolution-liquidation d’une SASU détaille les étapes, les délais et les honoraires.


Ce que coûte réellement chaque option

Les chiffres ci-dessous sont tirés des barèmes officiels en vigueur et de nos tarifs publiés.

Mise en sommeil d’une SASU :

  • Frais de greffe (inscription modificative + avis BODACC, sans dépôt d’acte) : 166,71 € TTC
  • Honoraires miseensommeil.fr : 150 € HT
  • Annonce légale : non requise pour la mise en sommeil d’une SASU

Dissolution-liquidation d’une SASU :

  • Frais de greffe dissolution (avec dépôt d’acte) : 173,97 € TTC
  • Frais de greffe radiation (clôture de liquidation) : 7,26 € TTC
  • Annonce légale de dissolution : ~153 € HT (forfait national)
  • Annonce légale de clôture : ~111 € HT (forfait national)
  • Honoraires miseensommeil.fr : 200 € HT (les deux annonces légales incluses dans notre accompagnement)

💡 En synthèse : la mise en sommeil représente un coût immédiat nettement inférieur. Mais si la fermeture est inévitable dans les 12 mois, il peut être plus rationnel de dissoudre directement plutôt de payer le sommeil puis la dissolution quelques mois plus tard. Calculez les deux scénarios sur votre horizon réel.


Les obligations qui persistent dans les deux cas

Un point commun souvent sous-estimé : les deux options maintiennent des obligations déclaratives jusqu’à leur terme respectif.

En sommeil, la SASU continue de devoir :

  • Déposer ses comptes annuels chaque année au greffe (art. L232-21 du Code de commerce) ;
  • Produire sa déclaration de résultat à l’IS, même si toutes les cases affichent zéro ;
  • Répondre aux obligations de TVA si la société reste assujettie ;
  • Gérer la situation sociale du président selon son régime (assimilé salarié sans rémunération = pas de cotisations, mais le statut doit être clarifié avec l’URSSAF).

En dissolution-liquidation, ces obligations perdurent jusqu’à la clôture effective et la radiation. Le liquidateur en est responsable pendant toute la durée de la liquidation, qui peut elle-même s’étirer si le passif est complexe.

Si votre situation implique des droits à l’ARE ou des cotisations sociales à clarifier pendant la période de sommeil, les articles ARE et mise en sommeil : durée et droits en 2026 et ARE et cotisations sociales : reprendre après sommeil répondent aux questions les plus fréquentes.


Comment décider : la bonne question à se poser

La question n’est pas “quelle option est la moins chère ?” mais “dans combien de temps aurai-je une certitude sur l’avenir de cette société ?”

  • Moins de 2 ans d’incertitude → la mise en sommeil est la réponse naturelle. Elle coûte moins, elle préserve, et la reprise reste possible.
  • Certitude acquise de ne pas reprendre → optez directement pour la dissolution. Chaque mois de sommeil inutile génère des obligations déclaratives et un coût de gestion sans bénéfice.
  • 2 ans de sommeil écoulés sans reprise → la dissolution-liquidation n’est plus une option, c’est une obligation pour éviter la radiation d’office.

📌 Rappel de procédure : la mise en sommeil et la reprise d’activité sont de simples décisions du président de la SASU, déclarées au guichet unique INPI. La dissolution, elle, nécessite un acte formel de l’associé unique (décision unilatérale ou procès-verbal). Ces trois formalités sont distinctes et ne se substituent pas l’une à l’autre.

Si vous hésitez encore entre les deux options ou si votre situation comporte des particularités (passif social résiduel, contrats en cours, associés multiples récents), prenez quelques minutes pour nous exposer votre cas avant de vous engager dans l’une ou l’autre direction.


Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Mis à jour le 10 juin 2026.

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