Mise en Sommeil
Fiscalité

Fermer temporairement sa société : quelles économies fiscales ?

Mise en sommeil et économies fiscales : CFE, IS, TVA, charges… Comparez le coût d'une cessation temporaire vs maintien d'activité. Chiffres et démarches 2026.

Par Marie Gattepaille · · 7 min de lecture Mis à jour le 22 juin 2026
En bref
  • Une société en sommeil supprime quasi totalement ses charges d'exploitation (loyer, salaires, TVA à collecter) sans dissolution ni perte du numéro SIREN.
  • La CFE peut faire l'objet d'un dégrèvement en l'absence d'activité sur l'année (art. 1478 du CGI), réduisant significativement la fiscalité locale.
  • L'obligation de dépôt des comptes annuels est maintenue même en cessation temporaire : comptabilité et honoraires de commissariat restent dus.
  • La mise en sommeil est limitée à 2 ans ; au-delà, une radiation d'office est possible (art. R123-125 du Code de commerce).
Sommaire

Fermer temporairement une société permet d’éliminer la quasi-totalité des charges variables (loyer, salaires, TVA) tout en conservant la structure juridique et le numéro SIREN. Sur le plan fiscal, la mise en sommeil réduit mécaniquement l’IS à zéro en l’absence de produits, ouvre droit à un dégrèvement de CFE et suspend les obligations de TVA. Certaines charges restent néanmoins dues — et c’est précisément là que se situe le piège le plus fréquent.

Ce que coûte vraiment une société inactive : le bilan avant mise en sommeil

Avant de comparer, il convient de mesurer ce qu’une société supporte chaque année sans générer le moindre chiffre d’affaires. Ce calcul est souvent sous-estimé par les dirigeants qui « laissent tourner » leur structure en espérant une reprise.

Prenons un exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL “Lumière & Décors”, traverse une période personnelle difficile et cesse toute activité commerciale pendant plusieurs mois sans faire de démarche formelle. Au bout d’un an, elle découvre qu’elle doit plusieurs milliers d’euros de cotisations sociales minimales, de CFE et d’honoraires comptables — alors qu’elle n’a réalisé aucune vente.

Une société à l’arrêt mais non mise en sommeil continue d’accumuler :

  • Des charges sociales minimales pour le dirigeant, notamment le gérant majoritaire de SARL ou le gérant d’EURL assimilé TNS, qui reste redevable de cotisations minimales auprès de l’URSSAF même en l’absence de rémunération.
  • Des frais comptables : la tenue de comptabilité et le dépôt des comptes annuels restent obligatoires en vertu des articles L232-21 et suivants du Code de commerce, quelle que soit l’activité réelle.
  • La cotisation foncière des entreprises (CFE), calculée sur la valeur locative des biens utilisés l’année N-2. Une société qui cesse son activité en cours d’année ne bénéficie d’aucune réduction automatique.
  • Les frais bancaires, assurances, et abonnements divers souvent oubliés dans les projections.

Sans action formelle, ces coûts s’accumulent année après année. La mise en sommeil ne fait pas tout disparaître, mais elle restructure radicalement l’équation.

⚠️ Piège de praticien. Laisser une société inactive sans déclarer la cessation temporaire d’activité n’ouvre aucun droit au dégrèvement de CFE et n’interrompt pas le cumul des obligations déclaratives. La démarche formelle via le guichet unique de l’INPI est indispensable pour bénéficier des allégements fiscaux décrits ci-dessous.

Mise en sommeil et IS : comment l’impôt sur les sociétés évolue

L’impôt sur les sociétés est assis sur le résultat fiscal. Une société en sommeil qui ne perçoit aucun produit — ni honoraires, ni loyers, ni intérêts — dégage un résultat nul ou déficitaire. L’IS est donc mécaniquement zéro.

Quelques précisions importantes :

Les produits résiduels restent imposables. Si la société conserve des liquidités en compte courant rémunéré, des placements financiers ou un immeuble loué, elle perçoit des produits qui entrent dans la base de l’IS. La mise en sommeil ne crée pas d’exonération : elle réduit simplement l’assiette en supprimant l’activité opérationnelle.

Les déficits reportables sont préservés. Une société qui entre en sommeil avec des déficits fiscaux antérieurs conserve ces reports. Lors de la reprise d’activité, ils pourront être imputés sur les bénéfices futurs dans les conditions de droit commun (report en avant illimité en durée, report en arrière sur l’exercice précédent sous conditions).

La déclaration de résultat reste obligatoire. Même avec un résultat nul, la liasse fiscale doit être déposée dans les délais légaux. L’absence de dépôt expose la société à des pénalités et à une taxation d’office.

Pour les SARL et EURL, la question des cotisations minimales du gérant TNS mérite une attention particulière. Ces cotisations, calculées sur une assiette minimale même en l’absence de revenus, peuvent représenter un montant significatif — consultez les barèmes en vigueur sur urssaf.fr pour connaître le montant exact applicable à votre situation. Consultez également notre article sur la mise en sommeil EURL : procédure et coût 2026 pour une estimation détaillée.

CFE et TVA : les deux leviers fiscaux à actionner immédiatement

La cotisation foncière des entreprises (CFE)

La CFE est l’un des postes où la mise en sommeil produit un effet fiscal tangible et souvent sous-exploité.

L’article 1478 du Code général des impôts prévoit que la CFE est établie d’après la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité. En l’absence d’activité, aucun bien n’est « utilisé » au sens de la loi.

Un dégrèvement peut être demandé pour l’année de cessation et les suivantes. La démarche est la suivante :

  1. Déposer une déclaration de cessation temporaire d’activité via le guichet unique de l’INPI (formalité dématérialisée depuis le 1er janvier 2023).
  2. Adresser une demande de dégrèvement de CFE au service des impôts des entreprises (SIE) compétent, en joignant le justificatif de mise en sommeil (extrait Kbis modifié ou récépissé de déclaration).
  3. Cette demande doit être formulée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement de l’avis de CFE concerné, conformément à l’article R. 196-1 du LPF.

💡 Le dégrèvement de CFE n’est pas automatique. Il appartient au dirigeant d’en faire expressément la demande. Sans démarche active, la CFE reste due même si la société ne réalise plus aucune opération.

La TVA

La mise en sommeil suspend les obligations de facturation et de collecte de TVA. Si aucune livraison de biens ou prestation de services n’est réalisée, il n’y a rien à collecter. Les déclarations périodiques (CA3 mensuelle ou trimestrielle, CA12 annuelle) doivent néanmoins être déposées avec mention « néant » pour éviter les pénalités de retard.

En pratique, il est utile d’informer le SIE de la mise en sommeil afin d’adapter le régime de dépôt et d’éviter des mises en demeure automatiques liées aux contrôles de cohérence.

Tableau comparatif : société active vs société en sommeil vs dissolution

Poste de coûtSociété active (sans CA)Société en sommeilDissolution/radiation
Impôt sur les sociétésNul si résultat nulNul si résultat nulClôture + imposition boni
CFEDue (sauf dégrèvement)Dégrèvement possible (art. 1478 CGI)Supprimée après radiation
TVADéclarations duesDéclarations « néant »Supprimée après radiation
Dépôt comptes annuelsObligatoireObligatoire (art. L232-21 C. com.)Obligatoire jusqu’à clôture
Cotisations sociales dirigeant TNSMinimales duesMinimales dues (SARL/EURL)Régularisation à la clôture
Frais de formalitésNéantFrais guichet unique + greffeFrais dissolution + liquidation
Durée maximaleIllimitée2 ans (art. R123-125 C. com.)Définitive
Reprise possibleImmédiateOui, par nouvelle déclarationNon (nouvelle société requise)

Ce tableau illustre une réalité souvent méconnue : la mise en sommeil n’est pas une solution de coût zéro, mais elle est structurellement moins coûteuse qu’une société active sans activité, et réversible contrairement à la dissolution.

Pour approfondir la comparaison entre ces deux options, lisez notre article mise en sommeil ou dissolution : comment choisir ?.

Les charges qui subsistent : ce que la mise en sommeil ne supprime pas

Soyons précis : la mise en sommeil réduit les coûts, elle ne les efface pas. Voici ce qui demeure inévitable.

L’obligation comptable et le dépôt des comptes. L’article L232-21 du Code de commerce s’applique sans exception aux sociétés commerciales immatriculées, quelle que soit leur activité. Une SARL ou une SAS en sommeil doit déposer ses comptes annuels au greffe du tribunal de commerce dans les délais prévus par les articles L232-22 et suivants du Code de commerce, qui varient selon la forme sociale. Les honoraires d’expert-comptable, même réduits pour une liasse simplifiée, constituent donc un coût récurrent.

Les cotisations minimales TNS. Le gérant majoritaire de SARL, le gérant d’EURL ou l’associé unique d’EURL restent affiliés aux régimes de sécurité sociale des indépendants. En l’absence de rémunération, des cotisations minimales sont appelées sur une assiette forfaitaire. Pour les auto-entrepreneurs, la mise en sommeil répond à une logique différente — consultez notre article sur la mise en sommeil auto-entrepreneur : démarches 2026.

Les assurances professionnelles. Certaines garanties (responsabilité civile professionnelle, assurance décennale pour les artisans du bâtiment) peuvent être maintenues ou suspendues selon les clauses contractuelles. Une vérification systématique s’impose.

Les frais bancaires. Un compte professionnel génère des frais de tenue de compte même sans mouvement.

Pour connaître le détail des frais liés à la procédure elle-même (greffe, guichet unique, honoraires), consultez notre article sur le coût de la mise en sommeil : tous les frais 2026.

Procédure : comment formaliser la cessation temporaire pour bénéficier des avantages fiscaux

Les économies décrites ci-dessus ne sont accessibles qu’à condition d’avoir régulièrement déclaré la cessation temporaire d’activité. Sans formalité, la société reste juridiquement et fiscalement active.

La déclaration s’effectue conformément à l’article R123-46 du Code de commerce, via le guichet unique de l’INPI. Elle constitue une inscription modificative au RCS (article R123-45 du Code de commerce) et donne lieu à une publication au BODACC. La mention « cessation temporaire d’activité » apparaît ensuite sur l’extrait Kbis de la société.

Les étapes essentielles :

  1. Décision des organes compétents : pour une SARL ou SAS, une décision du gérant ou du président suffit en général (sauf clause statutaire contraire imposant une décision collective).
  2. Déclaration au guichet unique INPI : formulaire dématérialisé, pièces justificatives à joindre.
  3. Mise à jour du Kbis : le greffe procède à l’inscription modificative.
  4. Publication au BODACC : automatique après enregistrement par le greffe.
  5. Information du SIE pour la CFE et la TVA.

La procédure complète est prise en charge par notre service mise en sommeil pour 150 € HT + frais de greffe, sans déplacement ni paperasse.

📌 Rappel légal. La durée maximale de la cessation temporaire d’activité est de 2 ans pour les sociétés immatriculées au RCS (article R123-125 du Code de commerce). Si la reprise n’est pas déclarée dans ce délai, le greffe peut procéder à une radiation d’office. Pour les SARL et EURL, consultez également notre article sur la mise en sommeil SARL : procédure et coût 2026.

La reprise d’activité suit une procédure symétrique : nouvelle déclaration modificative au guichet unique, mise à jour du Kbis, information du SIE. Elle est possible à tout moment dans le délai de 2 ans, sans formalité lourde. Nathalie, dans notre exemple illustratif, a pu réactiver sa SARL 18 mois plus tard en quelques jours et sans frais excessifs — la structure était intacte, les déficits reportables préservés.


La mise en sommeil est une décision à la fois juridique et fiscale. Elle n’est pas un outil d’optimisation fiscale agressive, mais un mécanisme légal qui permet d’aligner les obligations fiscales sur la réalité économique d’une société temporairement inactive. Bien exécutée, elle supprime l’IS opérationnel, permet un dégrèvement de CFE, suspend les flux de TVA et préserve les déficits reportables — tout en conservant la structure pour une reprise future.

Si votre situation soulève des questions spécifiques — notamment sur le traitement des cotisations minimales ou l’articulation avec un bail commercial —, contactez notre équipe pour un accompagnement personnalisé.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 22 juin 2026.

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