Mise en Sommeil
Général

Société en sommeil : avantages et inconvénients

Mise en sommeil d'une société : vrais avantages, vrais risques et cas où c'est une erreur. Guide complet pour décider en connaissance de cause.

Par Marie Gattepaille · · 8 min de lecture
En bref
  • La mise en sommeil conserve la personnalité morale de la société et évite les frais de dissolution-liquidation.
  • Les obligations comptables et fiscales subsistent : dépôt des comptes annuels, déclarations, cotisation foncière des entreprises.
  • La durée maximale est de 2 ans pour une société ; au-delà, une radiation d'office par le greffe est possible.
  • C'est la bonne solution pour une pause temporaire, pas pour un abandon définitif.
Sommaire

Une société en sommeil reste juridiquement vivante : elle conserve son numéro SIREN, son Kbis et la possibilité de reprendre l’activité sans nouvelle immatriculation. C’est l’avantage central, mais il a une contrepartie souvent sous-estimée — les obligations comptables et fiscales ne s’arrêtent pas avec l’activité, et la pause est plafonnée à 2 ans pour une société. Ce guide détaille les deux faces du dispositif pour que vous décidiez en connaissance de cause.


Ce que signifie concrètement une société en sommeil

Une société en sommeil est une société qui a déclaré une cessation temporaire totale d’activité auprès du registre du commerce et des sociétés (RCS), conformément à l’article R123-46 du Code de commerce. Cette déclaration prend la forme d’une inscription modificative (art. R123-45 du Code de commerce), déposée via le guichet unique dématérialisé de l’INPI, dans le délai d’un mois suivant la décision du dirigeant.

C’est un point que beaucoup de gérants ignorent : la mise en sommeil est une décision du dirigeant (gérant ou président), pas une décision collective. Aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est exigé par la loi, quelle que soit la forme de la société — sauf si les statuts de votre société l’imposent expressément. Avant d’engager un formalisme d’AG qui n’est pas requis, vérifiez vos statuts : c’est souvent là que se perd du temps inutilement.

La mention « cessation temporaire d’activité » apparaît ensuite sur l’extrait Kbis et fait l’objet d’une publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales). La société reste pleinement immatriculée : elle ne disparaît pas, elle se met en pause.

Ce dispositif concerne toutes les formes sociales — SASU, SAS, SARL, EURL, SCI — ainsi que les entreprises individuelles avec des durées maximales différentes (voir plus bas). Les démarches diffèrent légèrement selon la forme juridique : consultez par exemple notre guide sur la mise en sommeil SARL : procédure et coût 2026 ou sur la mise en sommeil EURL pour les détails pratiques.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL « Lumière & Décors », doit suspendre son activité 18 mois pour régler une situation personnelle. Elle craint d’abord de devoir réunir une assemblée générale et faire approuver un procès-verbal — un réflexe fréquent chez les gérants de SARL. En relisant ses statuts, elle constate qu’ils ne l’exigent pas : sa décision de gérante suffit. Elle dépose la déclaration de cessation temporaire au guichet unique dans le mois qui suit sa décision, et la mention apparaît sur son Kbis quelques jours plus tard.


Les avantages réels d’une société en sommeil

1. Conserver la structure juridique sans la liquider

C’est l’avantage central. En maintenant la société immatriculée, vous conservez :

  • Son numéro SIREN/SIRET et son Kbis,
  • Ses autorisations professionnelles ou licences éventuelles,
  • La possibilité de maintenir certains contrats en cours (bail commercial, contrats cadre…),
  • Son historique bancaire et commercial, utile lors d’une reprise.

Dissoudre puis recréer une structure équivalente coûte infiniment plus cher et prend davantage de temps. La mise en sommeil évite ce cycle.

2. Un coût bien inférieur à une dissolution-liquidation

Les frais d’une mise en sommeil se limitent aux honoraires de formalités et aux frais de greffe liés à l’inscription modificative : 166,71 € TTC avec avis BODACC sans dépôt d’acte, ou 173,97 € TTC avec dépôt d’acte, pour une société (83,64 € TTC pour une entreprise individuelle). Ils sont sans commune mesure avec ceux d’une dissolution-liquidation (liquidateur, publication de clôture, deuxième dépôt au greffe…).

Pour une estimation précise, consultez notre article sur le coût de la mise en sommeil : tous les frais 2026.

3. Un possible dégrèvement de CFE

En l’absence de chiffre d’affaires et d’activité pendant toute l’année, la société peut solliciter un dégrèvement de la cotisation foncière des entreprises (CFE) auprès du service des impôts des entreprises, sur le fondement de l’article 1478 du Code général des impôts. La réclamation doit être déposée avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (art. R196-1 du Livre des procédures fiscales). Ce dégrèvement n’est pas automatique — il doit faire l’objet d’une demande expresse — mais il peut représenter une économie substantielle.

4. Une reprise d’activité simplifiée

Lorsque les conditions sont réunies pour reprendre, une nouvelle inscription modificative via le guichet unique de l’INPI suffit à mettre fin à la cessation temporaire — toujours par décision du dirigeant, sans formalisme d’AG sauf clause contraire des statuts. Pas besoin de recréer une société, de recommencer les démarches d’immatriculation ni de reconstituer un capital social.

💡 Bon à savoir : si vous envisagez de reprendre l’activité rapidement, la mise en sommeil offre une flexibilité que la dissolution ne peut pas offrir. Retrouvez l’ensemble du dispositif sur notre page dédiée à la mise en sommeil.


Les inconvénients à ne pas minimiser

1. Les obligations comptables et fiscales perdurent

C’est l’inconvénient le plus souvent sous-estimé. Une société en sommeil n’est pas exonérée de ses obligations légales :

  • Dépôt des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce, même si ceux-ci ne font apparaître aucune activité (articles L232-21 et suivants du Code de commerce),
  • Déclarations fiscales, même à néant : déclaration de résultat (liasse IS), à déposer au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai pour un exercice clos au 31 décembre,
  • Déclaration de TVA si l’option a été conservée.

Omettre ces formalités expose la société à des pénalités de retard et le dirigeant à une responsabilité personnelle. C’est précisément le piège que rencontrent beaucoup de dirigeants : ils pensent qu’une société « en pause » n’a plus de comptable à payer ni de liasse à déposer. Nathalie, par exemple, a continué à faire établir et déposer ses comptes annuels chaque année pendant les 18 mois de mise en sommeil de Lumière & Décors, alors même qu’ils ne présentaient aucune opération — une omission aurait exposé la société à des pénalités et compliqué sa réactivation.

2. Des cotisations sociales minimales peuvent rester dues

Pour le dirigeant relevant du régime des travailleurs non-salariés (TNS) au réel — gérant majoritaire de SARL, EURL — les cotisations sociales minimales restent dues même en l’absence de rémunération, pour un total annuel de l’ordre de 1 255 à 1 298 € (vieillesse de base, indemnités journalières, invalidité-décès, formation). La mise en sommeil ne suspend pas l’affiliation sociale du dirigeant.

Pour les auto-entrepreneurs, les règles diffèrent : consultez notre guide sur la mise en sommeil auto-entrepreneur : démarches 2026.

3. Une durée limitée — 2 ans pour une société, moins pour une entreprise individuelle

L’article R123-125 du Code de commerce est sans ambiguïté pour les sociétés : passé un délai de 2 ans sans reprise d’activité ni dissolution, le greffe du tribunal de commerce peut procéder à la radiation d’office. Cette radiation ne vaut pas dissolution — la société reste théoriquement existante — mais elle complique considérablement toute reprise ultérieure et peut créer une situation juridique délicate.

Pour une entreprise individuelle ou un micro-entrepreneur, la durée est plus courte : la cessation temporaire est limitée à 1 an, prolongeable d’1 an supplémentaire pour une activité commerciale (2 ans maximum). Le micro-entrepreneur doit en outre continuer à déclarer son chiffre d’affaires (mention « néant ») à l’URSSAF pendant toute la suspension — l’absence de déclaration pendant 2 années civiles consécutives (ou 8 trimestres consécutifs) expose à une radiation d’office, après notification de l’URSSAF laissant 1 mois pour justifier.

Ce délai s’impose dès la date de la déclaration de cessation temporaire. Il est donc impératif d’anticiper : soit reprendre l’activité, soit engager une procédure de dissolution avant l’échéance.

4. Une crédibilité commerciale entamée

La mention « cessation temporaire d’activité » sur le Kbis est publique et visible de tous vos interlocuteurs : fournisseurs, banques, clients potentiels. Certains partenaires peuvent hésiter à s’engager avec une structure en sommeil, notamment pour l’obtention de crédits ou la signature de nouveaux contrats.


Tableau comparatif : mise en sommeil vs dissolution vs radiation

CritèreMise en sommeil (société)Dissolution-liquidationRadiation (micro-entrepreneur)
Personnalité morale conservée✅ Oui❌ Non (après clôture)Sans objet
Durée maximale2 ans (RCS)Illimitée (processus)Sans objet
Décision requiseDirigeant seul (AG si statuts l’imposent)Décision collective (AGE)Décision de l’entrepreneur
Obligations comptables✅ MaintenuesJusqu’à clôtureAllégées
CoûtFaible (frais de greffe + honoraires)ÉlevéFaible
Reprise possible✅ Oui, simplifiée❌ Nécessite nouvelle immat.❌ Nécessite nouvelle immat.
Publication BODACC✅ Oui✅ OuiNon obligatoire
CFEDégrèvement possibleDégrèvement / suppressionSuppression

⚠️ Attention : la dissolution et la radiation sont des actes irréversibles. Avant de choisir l’une ou l’autre voie, lisez notre comparatif mise en sommeil ou dissolution : comment choisir ? ainsi que mise en sommeil ou radiation : comment choisir ?.


Dans quels cas la mise en sommeil est-elle vraiment la bonne décision ?

La mise en sommeil est pertinente dans des situations précises. Elle l’est moins — voire pas du tout — dans d’autres.

Cas favorables :

  • Vous traversez une période personnelle ou professionnelle difficile (problème de santé, projet en pause, attente d’un financement) et prévoyez de reprendre dans les 12 à 18 mois — c’est exactement la situation de Nathalie,
  • Vous souhaitez tester un pivot d’activité sans supprimer la structure existante,
  • Votre société détient des actifs, des marques ou des autorisations qu’il serait coûteux de reconstituer après une dissolution,
  • L’activité est saisonnière ou cyclique et une interruption prolongée était prévisible.

Cas défavorables :

  • L’arrêt est définitif : la mise en sommeil n’est alors qu’un report de frais inévitables,
  • La société a des dettes significatives : la mise en sommeil ne suspend pas les poursuites des créanciers et ne protège pas contre une cessation des paiements,
  • Vous dépassez ou approchez les 2 ans sans perspective de reprise réelle,
  • La structure est très simple (auto-entrepreneur notamment) : la radiation et la recréation ultérieure peuvent être moins coûteuses que le maintien des obligations déclaratives.

Ce que couvre notre service et comment procéder

Chez miseensommeil.fr, opéré par NORGE CONSEIL, nous prenons en charge l’intégralité de la formalité de cessation temporaire d’activité : préparation du dossier, dépôt via le guichet unique de l’INPI, suivi jusqu’à la mise à jour du Kbis. Les honoraires sont de 150 € HT, auxquels s’ajoutent les frais de greffe en vigueur — y compris pour une entreprise individuelle ou un auto-entrepreneur.

La procédure est entièrement dématérialisée. Vous n’avez pas à vous déplacer au greffe.

Pour lancer votre démarche ou obtenir des précisions sur votre situation, rendez-vous sur notre page mise en sommeil ou contactez-nous directement.

📌 En résumé : une société en sommeil, c’est une solution flexible et économique pour une interruption temporaire — à condition de respecter scrupuleusement les obligations déclaratives persistantes et la limite des 2 ans. Si vous avez le moindre doute sur la stratégie à adopter, une analyse de votre situation reste la meilleure entrée en matière.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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