Mise en Sommeil
Général

Société en veille : définition et cadre légal

Société en veille, entreprise en sommeil : même réalité juridique ? Définition légale, synonymes, durée maximale, obligations. Tout ce que vous devez savoir.

Par Marie Gattepaille · · 6 min de lecture
En bref
  • La société en veille n'est pas un terme juridique officiel : l'expression légale est 'cessation temporaire d'activité' ou 'mise en sommeil'.
  • La durée maximale est de 2 ans ; au-delà, la radiation d'office peut être prononcée (art. R123-125 du Code de commerce).
  • Les obligations comptables et fiscales subsistent pendant la période de veille : dépôt des comptes annuels, liasses fiscales, etc.
Sommaire

Une société en veille, c’est une société qui existe toujours au RCS mais qui n’exerce plus aucune activité — sans avoir été dissoute. En droit français, cette situation porte un nom précis : « cessation temporaire d’activité », plus connue sous l’appellation « mise en sommeil ». Elle est encadrée par l’article R123-46 du Code de commerce et limitée à 2 ans maximum.

« Société en veille » : une expression courante, une réalité juridique encadrée

Le terme « société en veille » n’apparaît dans aucun texte de loi. C’est un raccourci de langage — utilisé aussi bien par des dirigeants que par la presse économique — pour décrire une situation qui, elle, est parfaitement codifiée.

La terminologie officielle est la suivante :

  • Cessation temporaire totale d’activité : expression retenue par le Code de commerce (art. R123-46).
  • Mise en sommeil : formulation usuelle dans les formalités d’entreprise et la pratique des praticiens du droit.
  • Société en veille / entreprise en veille : synonymes employés dans le langage courant, sans valeur juridique propre.

Les trois expressions renvoient à exactement la même situation : une société qui cesse d’exercer son activité sans se dissoudre, tout en conservant sa personnalité morale, son immatriculation au RCS et ses obligations légales.

Piège de praticien : ne confondez jamais cessation temporaire et cessation définitive d’activité. La cessation définitive déclenche une dissolution puis une liquidation — la société disparaît. La cessation temporaire, elle, laisse la société en vie : c’est une pause, pas un point final. Beaucoup de dirigeants pressés de « clore le dossier » optent pour une dissolution alors qu’une mise en sommeil suffirait largement à leur besoin réel — et leur coûterait moins cher, en argent comme en démarches.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL « Lumière & Décors », a dû interrompre son activité de décoration d’intérieur pendant 18 mois pour régler une situation personnelle. Elle a d’abord cru qu’il fallait fermer sa société. En réalité, mettre « Lumière & Décors » en veille lui a permis de conserver son immatriculation, son SIREN et son historique commercial, le temps de régler ce qui devait l’être — puis de reprendre sans repartir de zéro.

Ce que dit la loi : l’article R123-46 du Code de commerce

L’article R123-46 du Code de commerce constitue le fondement réglementaire de la mise en sommeil. Il impose au représentant légal de déclarer, dans le délai d’un mois suivant sa décision, toute cessation temporaire totale d’activité.

Cette déclaration s’effectue au guichet unique des formalités des entreprises, opéré par l’INPI. Il s’agit d’une inscription modificative au sens de l’article R123-45, qui modifie le Kbis de la société et entraîne une publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales).

Les effets de cette inscription sont les suivants :

ÉlémentSituation avant veilleSituation pendant veille
Immatriculation RCS/RNEActiveMaintenue (mention de la cessation temporaire)
KbisNormalIndique la cessation temporaire
Publication BODACCNonOui, à la déclaration
Numéro SIREN/SIRETInchangéInchangé
Personnalité moraleOuiOui
Activité commercialeOuiNon

La société reste donc pleinement existante d’un point de vue juridique. Elle conserve la capacité de signer des actes ou d’ouvrir un compte bancaire, même si l’absence d’activité rend ces opérations rares en pratique.

Durée maximale et risque de radiation d’office

La cessation temporaire d’activité n’est pas illimitée. Pour une société immatriculée au RCS, la durée maximale est fixée à 2 ans. Ce délai découle de l’article R123-125 du Code de commerce, qui autorise le greffier à radier d’office toute société n’ayant pas régularisé sa situation passé ce délai.

La radiation d’office est une sanction lourde : elle entraîne la perte de l’immatriculation et, à terme, la dissolution de la société — sans que le dirigeant ait nécessairement anticipé cette échéance. C’est précisément le piège le plus fréquent observé chez les dirigeants : la mise en sommeil est déclarée, puis oubliée. Aucun rappel automatique ne vous est envoyé à l’approche des 2 ans — c’est au dirigeant de suivre cette échéance.

Avant l’expiration du délai, deux options s’offrent à vous :

  1. Reprendre l’activité : nouvelle inscription modificative au guichet unique, nouvelle publication au BODACC, aux mêmes frais de greffe qu’à l’origine.
  2. Dissoudre la société : si la reprise n’est plus envisagée, mieux vaut engager une dissolution-liquidation amiable plutôt que de subir une radiation d’office.

Pour les auto-entrepreneurs et les entreprises individuelles, les règles diffèrent sensiblement : la cessation temporaire y est limitée à 1 an, prolongeable d’1 an pour une activité commerciale (2 ans maximum), et la radiation d’office intervient en cas de chiffre d’affaires nul pendant 2 années civiles consécutives. Consultez notre article sur la mise en sommeil d’un auto-entrepreneur pour le détail de ce régime.

📌 Si vous hésitez entre la mise en sommeil et la dissolution, notre guide mise en sommeil ou dissolution : comment choisir ? détaille les critères de décision selon votre situation.

Obligations maintenues pendant la période de veille

Mettre une société en veille ne dispense pas de toutes les obligations légales. Plusieurs d’entre elles subsistent, indépendamment de l’absence d’activité — et c’est souvent ce que les dirigeants sous-estiment le plus.

Obligations comptables : En vertu des articles L232-21 et suivants du Code de commerce, la société doit continuer à établir et déposer ses comptes annuels au greffe, même si le bilan affiche des montants nuls.

Obligations fiscales : La déclaration de résultat (liasse IS) doit être produite chaque année, même à néant — pour un exercice clos au 31 décembre, au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai. La société peut en revanche solliciter un dégrèvement de cotisation foncière des entreprises (CFE) en l’absence d’activité, conformément à l’article 1478 du Code général des impôts. Ce dégrèvement n’est pas automatique : il s’obtient par réclamation auprès du service des impôts des entreprises (SIE), à déposer avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (art. R196-1 du LPF).

Obligations sociales : Si la société emploie des salariés au moment de la mise en sommeil, des démarches spécifiques s’imposent en amont (la mise en sommeil ne constitue pas en elle-même un motif de licenciement économique). Les modalités précises — recours à l’activité partielle, rupture des contrats de travail, délais à respecter — dépendent de la situation de chaque salarié et de la convention collective applicable : il est indispensable de se rapprocher de votre expert-comptable ou d’un conseiller juridique avant toute déclaration si des contrats sont encore en cours.

La mise en sommeil d’une SARL ou d’une EURL suit ces mêmes règles générales, avec des particularités propres à chaque forme sociale.

Comment déclarer officiellement une société en veille

La procédure comprend plusieurs étapes successives.

1. Décision du dirigeant

La mise en sommeil est une décision du dirigeant — gérant ou président, selon la forme juridique. Aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est exigé par la loi pour cette décision, quelle que soit la forme sociale (SARL comprise), sauf si les statuts de la société l’imposent. Avant de déclarer la cessation temporaire, le dirigeant doit aussi s’assurer que la société n’est pas en cessation des paiements : dans ce cas, c’est une procédure collective qui s’impose, pas une mise en sommeil.

2. Déclaration au guichet unique INPI

La déclaration est déposée en ligne sur le guichet unique des formalités des entreprises, dans le délai d’un mois suivant la décision. Le dossier comprend le formulaire de modification et la pièce d’identité du déclarant.

3. Publication au BODACC

Le greffe procède à la publication au BODACC après enregistrement de la déclaration. Cette publication rend la cessation temporaire opposable aux tiers.

4. Mise à jour du Kbis

L’extrait Kbis est mis à jour et mentionne désormais la cessation temporaire d’activité.

Pour le détail des frais de greffe applicables, consultez notre article sur le coût de la mise en sommeil d’une société en 2026.

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Veille, radiation, dissolution : choisir la bonne option

Face à une activité qui marque le pas, plusieurs dispositifs s’offrent au dirigeant. Le tableau ci-dessous récapitule les principales différences :

SituationImmatriculationDuréeRéversibilité
Mise en sommeil (veille)Maintenue2 ans maxOui, reprise possible
Radiation volontaireSuppriméeDéfinitiveNon
Dissolution-liquidationSupprimée après clôtureDéfinitiveNon
Entreprise active sans CAMaintenueIllimitée

La mise en sommeil reste la seule option qui garde la porte ouverte : c’est une pause, pas une fin. Si vous envisagez plutôt une radiation, notre comparatif mise en sommeil ou radiation : comment choisir ? vous aidera à trancher selon votre situation.

💡 Vous avez un doute sur la procédure adaptée à votre société ? Contactez-nous : notre équipe vous répond sous 24 heures ouvrées et vous guide vers la solution la plus adaptée à votre situation.

Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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