Mise en Sommeil
Juridique

Mise en sommeil société avec dettes : est-ce possible ?

Peut-on mettre en sommeil une société endettée ? Dettes fournisseurs, fiscales ou sociales : ce que la loi autorise et les risques à connaître.

Par Marie Gattepaille · · 9 min de lecture
En bref
  • La mise en sommeil n'efface aucune dette : toutes les créances restent exigibles pendant et après la cessation temporaire d'activité.
  • Elle est légalement possible même en présence de dettes, sauf si la société est en état de cessation des paiements (obligation de déclaration de faillite).
  • Les créanciers conservent tous leurs droits et peuvent continuer à agir en recouvrement durant la mise en sommeil.
  • La durée maximale est de 2 ans ; au-delà, la radiation d'office est possible (art. R123-125 du Code de commerce).
Sommaire

Oui, vous pouvez mettre votre société en sommeil même si elle a des dettes — fournisseurs, fiscales ou sociales. La seule condition légale est de ne pas être en état de cessation des paiements. Mais la mise en sommeil n’efface, ne suspend et ne gèle aucune créance : vos dettes restent dues, vos créanciers gardent tous leurs droits, et c’est précisément ce point que beaucoup de dirigeants comprennent trop tard.


Ce que la loi dit (et ne dit pas) sur la mise en sommeil avec dettes

La mise en sommeil — ou cessation temporaire d’activité — est encadrée par les articles R123-45 et R123-46 du Code de commerce. Elle consiste à déclarer, via le guichet unique des formalités des entreprises (INPI), que la société suspend temporairement toute activité, dans le délai d’1 mois suivant la décision de mise en sommeil. Cette déclaration donne lieu à une inscription modificative au Registre du commerce et des sociétés (RCS) et à une publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) ; la mention est portée sur le Kbis.

Ce que la loi ne prévoit pas, c’est un quelconque effet sur les dettes préexistantes. La mise en sommeil n’est pas une procédure collective. Elle ne génère :

  • aucun moratoire sur les dettes fiscales ou sociales,
  • aucune suspension des poursuites en cours,
  • aucune protection contre les saisies ou injonctions de payer,
  • aucun effacement des obligations contractuelles envers les fournisseurs ou les bailleurs.

La société mise en sommeil reste une personne morale à part entière, avec sa personnalité juridique, son patrimoine et — surtout — ses engagements financiers.

Exemple illustratif : Nathalie, gérante de la SARL “Lumière & Décors”, traverse une période personnelle difficile et met sa société en sommeil 18 mois. Elle a deux factures fournisseurs impayées, pour un montant raisonnable au regard de sa trésorerie disponible. Elle ne les a pas oubliées : avant de déclarer la cessation temporaire d’activité, elle a négocié un échéancier avec ses deux créanciers. La mise en sommeil lui permet de réduire ses charges courantes pendant qu’elle règle sa situation — elle ne lui sert pas à faire disparaître ce qu’elle doit.

⚠️ Point crucial : Si votre société est en état de cessation des paiements (incapacité à faire face au passif exigible avec l’actif disponible), la loi vous impose de le déclarer au greffe du tribunal de commerce dans le délai légal en vigueur — renseignez-vous auprès du greffe pour connaître le délai applicable à votre situation. Utiliser la mise en sommeil pour retarder cette déclaration constitue une faute de gestion susceptible d’engager votre responsabilité personnelle.


La frontière à ne pas franchir : cessation des paiements et mise en sommeil

C’est la distinction la plus importante à comprendre avant toute démarche.

Mise en sommeil : quand l’utiliser avec des dettes ?

La mise en sommeil est adaptée lorsque les dettes sont gérables et non critiques :

  • dettes fournisseurs en cours de négociation avec des délais de paiement accordés,
  • charges sociales à apurer progressivement avec un échéancier URSSAF,
  • impôts dont le paiement est différé mais non contesté,
  • loyers dont le propriétaire a accepté une suspension temporaire.

Dans ces situations, la société ne se trouve pas en cessation des paiements. Elle traverse une difficulté temporaire et choisit de suspendre son activité pour réduire les charges courantes — notamment les achats, la masse salariale si tous les salariés sont déjà sortis, et certains frais opérationnels.

Piège de praticien : beaucoup de dirigeants pensent qu’une mise en sommeil “gèle” la situation et attendent pour négocier avec leurs créanciers. C’est l’inverse qui protège : négocier les échéanciers et obtenir l’accord des créanciers principaux avant de déclarer la cessation temporaire d’activité limite le risque qu’un créancier surpris par la publication au BODACC réagisse en assignant la société plutôt qu’en acceptant un délai.

Quand la mise en sommeil est-elle inadaptée ?

Elle est inadaptée — et potentiellement dangereuse — lorsque :

  • la société ne peut objectivement plus faire face à ses dettes exigibles,
  • des procédures judiciaires sont déjà en cours (assignation en liquidation par un créancier, par exemple),
  • des saisies ont été diligentées par le Trésor public ou l’URSSAF,
  • la société cumule un passif significatif sans aucun actif réalisable.

Dans ce cas, les procédures adaptées sont le redressement judiciaire, la liquidation judiciaire ou, en amont, une procédure de conciliation ou de sauvegarde qui permettent une protection judiciaire réelle.

SituationOutil adapté
Dettes gérables, activité temporairement nulleMise en sommeil
Dettes négociées, échéanciers en placeMise en sommeil possible
Cessation des paiements avéréeRedressement ou liquidation judiciaire
Difficultés mais pas encore en cessationProcédure de sauvegarde ou conciliation
Société sans activité ni dette, abandon définitifDissolution-liquidation amiable

Ce que deviennent vos créanciers pendant la mise en sommeil

Dès lors que la mise en sommeil est déclarée et publiée au BODACC, vos créanciers sont informés de la situation. Cette publication a un effet de transparence, mais aucun effet de gel.

Les fournisseurs et créanciers privés

Un fournisseur impayé peut, pendant toute la durée de la mise en sommeil :

  • envoyer des mises en demeure,
  • saisir un tribunal de commerce pour obtenir une injonction de payer,
  • faire pratiquer des saisies conservatoires ou des saisies-attribution sur les comptes bancaires de la société,
  • demander l’ouverture d’une procédure collective si la cessation des paiements est caractérisée.

La mise en sommeil ne constitue pas un bouclier juridique. Elle n’empêche pas un créancier déterminé d’agir.

Les dettes fiscales et sociales

Le Trésor public et l’URSSAF disposent de pouvoirs de recouvrement forcé particulièrement étendus. Pendant la mise en sommeil :

  • les avis à tiers détenteur (ATD) peuvent être émis sur les comptes bancaires,
  • les contraintes URSSAF restent exécutoires,
  • les majorations de retard continuent de courir : 5 % à titre initial, puis 0,20 % par mois de retard (ramenée à 0,10 % si le paiement intervient sous 30 jours après mise en demeure),
  • les solidarités entre dirigeant et société peuvent être recherchées en cas d’insuffisance d’actif.

📌 Conseil pratique : Si vous avez des dettes fiscales ou sociales, contactez en amont le Trésor public et l’URSSAF pour négocier des délais de paiement ou des remises partielles de pénalités. Les dispositifs et conditions applicables varient selon votre situation : un conseiller peut vous orienter vers l’interlocuteur compétent et vous accompagner dans cette démarche.

Le bailleur

Si la société dispose encore de locaux, le loyer reste dû. La mise en sommeil n’est pas un motif légal pour résilier unilatéralement un bail commercial ou professionnel, sauf clause contractuelle spécifique. Anticiper avec le propriétaire est indispensable.


Les obligations qui persistent après la déclaration de mise en sommeil

Mettre en sommeil sa société ne signifie pas l’oublier dans un tiroir. Un certain nombre d’obligations légales et fiscales subsistent intégralement.

Dépôt des comptes annuels

L’article L232-21 et suivants du Code de commerce maintient l’obligation de déposer les comptes annuels au greffe du tribunal de commerce, même si la société n’a réalisé aucun chiffre d’affaires. Des comptes nuls doivent néanmoins être établis, approuvés en assemblée générale (pour les SARL et SAS) et déposés dans les délais légaux.

Le non-dépôt expose la société à des injonctions de dépôt prononcées par le président du tribunal de commerce, assorties d’astreintes.

Déclarations fiscales

La société doit continuer à produire :

  • sa déclaration de résultats (IS ou IR selon le régime),
  • ses déclarations de TVA (CA12 ou CA3 selon le régime, souvent sans montant mais à déposer quand même),
  • la liasse fiscale complète.

La CFE constitue l’une des rares charges susceptibles de diminuer : en l’absence totale d’activité, un dégrèvement peut être sollicité conformément à l’article 1478 du Code général des impôts. Ce dégrèvement n’est pas automatique : il doit faire l’objet d’une réclamation expresse, à déposer avant le 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement (art. R196-1 du Livre des procédures fiscales).

Piège de praticien : c’est précisément l’oubli de cette réclamation qui coûte le plus cher aux sociétés en sommeil. Le dégrèvement de CFE n’est jamais appliqué d’office par l’administration : si vous laissez passer le délai sans réclamer, vous devez la cotisation minimale de CFE au titre de l’art. 1647 D du CGI, même pour une société totalement inactive.

Gestion courante minimale

Même en sommeil, la société doit :

  • conserver un compte bancaire actif (certaines banques peuvent le clôturer en l’absence de mouvements — vérifiez vos conditions générales),
  • maintenir à jour l’adresse du siège social et les coordonnées du représentant légal,
  • tenir un registre des assemblées à jour,
  • répondre à toute correspondance officielle (greffe, administration fiscale, URSSAF).

La procédure de mise en sommeil : déroulement et formalités

Si, après analyse de votre situation, la mise en sommeil apparaît comme la démarche adaptée, voici comment elle se déroule concrètement.

La déclaration s’effectue exclusivement via le guichet unique des formalités des entreprises (INPI). La procédure est entièrement dématérialisée.

Les étapes sont les suivantes :

  1. Décision du dirigeant : la mise en sommeil est une décision du gérant ou du président. Aucune assemblée générale ni procès-verbal n’est obligatoire — y compris pour une SARL —, sauf si les statuts de votre société l’imposent expressément. Vérifiez toujours vos statuts avant d’agir.
  2. Dépôt sur le guichet unique : déclaration de cessation temporaire totale d’activité, dans le délai d’1 mois suivant la décision, conformément à l’article R123-46 du Code de commerce.
  3. Traitement par le greffe : le greffe procède à l’inscription modificative au RCS (article R123-45 du Code de commerce).
  4. Publication au BODACC : la cessation temporaire est publiée dans les jours suivants.
  5. Mise à jour du Kbis : le Kbis de la société porte alors la mention “en cessation temporaire d’activité”.

Côté frais : l’inscription modificative avec avis BODACC coûte 166,71 € TTC sans dépôt d’acte, ou 173,97 € TTC avec dépôt d’acte (barème de greffe en vigueur). Pour une entreprise individuelle ou un auto-entrepreneur, le tarif est de 83,64 €. Si vous confiez les démarches à miseensommeil.fr, nos honoraires sont de 150 € HT, frais de greffe en sus — y compris pour une entreprise individuelle.

Pour une présentation complète des formalités selon la forme juridique de votre société, consultez notre page dédiée à la mise en sommeil d’une société.

💡 Gain de temps : Confiez votre dossier à miseensommeil.fr. Nos honoraires sont fixes et transparents. Consultez le détail des coûts et frais de mise en sommeil avant de vous lancer.

La durée maximale de la cessation temporaire d’activité est de 2 ans pour une société (1 an pour une entreprise individuelle ou un micro-entrepreneur, prolongeable d’1 an pour une activité commerciale). Au-delà, si aucune reprise d’activité ni aucune dissolution n’a été déclarée, le greffe peut radier d’office la société en application de l’article R123-125 du Code de commerce.


Mise en sommeil ou dissolution : choisir en présence de dettes

C’est souvent la question centrale. Si les dettes sont lourdes et la reprise d’activité incertaine, la mise en sommeil n’est peut-être pas la bonne option.

CritèreMise en sommeilDissolution-liquidation amiable
Dettes significatives non régléesDettes maintenues, risque de poursuitesDettes apurées dans le cadre de la liquidation
Reprise d’activité envisagéeOui, dans les 2 ansNon, fin de la société
CoûtPlus faiblePlus élevé (liquidateur, formalités)
Effet sur les créanciersAucune protectionClôture ordonnée des créances
Radiation du RCSAprès 2 ans maxÀ l’issue de la liquidation

Si la reprise est illusoire et que les dettes s’accumulent, envisager directement une dissolution peut s’avérer plus sain juridiquement et financièrement. Notre article Mise en sommeil ou dissolution : comment choisir ? détaille les critères de décision.

Dans le cas d’une entreprise individuelle ou d’un auto-entrepreneur, la problématique des dettes se pose différemment compte tenu de la confusion possible de patrimoines. Consultez nos guides spécifiques : mise en sommeil auto-entrepreneur et mise en sommeil EURL.

Enfin, si vous hésitez entre mise en sommeil et radiation, notre analyse Mise en sommeil ou radiation : comment choisir ? vous aidera à trancher selon votre situation.

Pour les SARL spécifiquement, la présence de dettes sociales (cotisations TNS du gérant majoritaire, notamment) mérite une attention particulière : consultez le guide mise en sommeil SARL pour les points de vigilance propres à cette forme.


Ce qu’il faut retenir avant de prendre votre décision

La mise en sommeil d’une société avec des dettes est légalement possible, mais elle n’est pas neutre. Elle peut constituer un outil utile pour traverser une période difficile, réduire les charges opérationnelles et gagner du temps — à condition que la société ne soit pas en cessation des paiements et que les créanciers principaux soient informés et, si possible, déjà engagés sur un échéancier. C’est ce que Nathalie a fait avant de suspendre l’activité de sa SARL : elle a réglé ce qui pouvait l’être avec ses créanciers, puis déclaré la cessation temporaire en toute connaissance de cause.

Elle ne constitue en revanche jamais une solution aux dettes elles-mêmes. Les créanciers restent armés de tous leurs droits, les obligations légales subsistent, et une radiation d’office attend les sociétés inactives au-delà de deux ans.

Avant toute décision, un bilan lucide s’impose :

  • Vos dettes sont-elles exigibles et impayées sans perspective à court terme ? → Consultez un mandataire judiciaire ou un avocat spécialisé en droit des entreprises en difficulté.
  • Vos dettes sont sous contrôle (échéanciers, négociations en cours) et vous envisagez une reprise ? → La mise en sommeil peut être adaptée.
  • Vous abandonnez définitivement l’activité ? → Dissolution-liquidation amiable ou judiciaire selon votre situation.

💡 Un doute sur votre situation ? L’équipe de miseensommeil.fr est à votre disposition pour analyser votre cas. Contactez-nous pour un échange rapide avant d’engager toute formalité.


Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr. Dernière mise à jour : 24 juin 2026.

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